» Ceux qui ont le courage d’explorer la trame et la structure du cosmos, même si elles diffèrent profondément de leurs souhaits et de leurs préjugés, pénétreront ses plus grands mystères. «
INTRODUCTION
Publié le 28 octobre 2021
Avant toute chose, je tiens à préciser que cette thèse ne
s’inscrit pas dans un travail universitaire, comme beaucoup en font
automatiquement l’association. Si l’on suit la définition du mot « thèse »
donnée par le dictionnaire Larousse : « proposition théorique,
opinion, position sur quelque chose dont on s'attache à démontrer la véracité
», mon travail peut tout à fait recevoir ce titre sans recevoir la
reconnaissance du système ou d’une quelconque ‘‘autorité’’ ; il n’en a pas
besoin et n’en a que faire. C’est donc avec une liberté de pensée sans limite,
sans concession et, surtout, sans avoir à rendre de compte à qui que ce soit,
que nous pourrons étudier, sous n’importe quels angles, toutes les matières
chères à notre enthousiasme de polymathe. Grâce à cet état d’esprit, des idées
originales ont pu fleurir, s’épanouir et se révéler en
dehors de la plantation dans laquelle notre curiosité est enfermée
habituellement. Être vivifié d’une telle ouverture est une bénédiction et
j’aimerais, sans avoir à rougir, partager avec vous la rose de sa quintessence.
•••••
La genèse de cette thèse remonte au jour où mes yeux se
sont tournés vers le ciel, ou, du moins, à la nuit pendant laquelle je pris
conscience que la voûte étoilée tournait inexorablement autour d’un point fixe,
comme le ferait une roue autour d’un essieu. En contemplant ce spectacle
grandiose, jamais je n’aurais cru que mes candides réflexions sur les rouages
du cosmos me pousseraient à étudier une pléiade de disciplines, reliant
l’astronomie aux sphères – apparemment immobiles – de la minéralogie.
Dans un premier temps, je me suis tourné vers la science
académique, et malgré des découvertes probantes dans certains domaines comme
celui de la physique quantique, j’y ai trouvé beaucoup de théories et très peu
de théorèmes. Contrairement à un théorème, une théorie se base sur des
spéculations : c’est un système formé d’hypothèses qui tente de trouver
une cohésion à des principes établis, qu’elles soient philosophiques ou
mathématiques. En d’autres termes, une théorie ne définit pas des règles et des
lois immuables dans le réel. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, cet
explicite constat semble pourtant avoir échappé à certains acteurs de la
communauté scientifique, ceux qui continuent à prendre les vessies pour des
lanternes.
En effet, le dogme scientifique contemporain s’appuie sur
des théories complexes qui ne se démontrent pas en dehors d’un langage
mathématique dont l’abstraction côtoie des horizons de plus en plus
surréalistes. Ce
langage repose d’autant plus sur une architecture sémantique, où
les équations tendent à s’alimenter, à s’intriquer et à se refléter
mutuellement, en cercle fermé, formant, par la force des choses, un corps
artificiel sur lequel on ne cesse de bâtir, sans se soucier de la solidité
effective de ses fondations. La science théorique se compare alors à une tour
de Pise, dont le corps se maintient admirablement bien, mais qui menace, à
chaque fois qu’une division est ajoutée, de s’écrouler sous le poids de la
somme de ses aberrations. Les lignes de glyphes mises en exergue dans les
équations sont, certes, très impressionnantes pour le commun des mortels, mais,
comme le soulignait René Guénon, s’éloignent de la réalité sensible qu’elles
prétendent expliquer. Actuellement, la théorie des cordes est sans aucun doute
l’exemple le plus révélateur pour confronter la complexité synthétique des
mathématiques face à la rationalité de l’environnement biologique. Face à ce
constat, une question se pose alors : pourquoi continue-t-on à dépenser
autant de temps, d’énergie et d’argent à l’étude d’espaces qui n’ont
aucune réciprocité avec la métrologie de la vie terrestre ?
Avant de s’intéresser à des domaines invisibles à l’œil
nu, dans l’infiniment grand avec l’astrophysique comme dans l’infiniment petit
avec la physique des particules, peut-être que le gratin scientifique gagnerait
en authenticité s’il s’attardait davantage à réfléchir aux manifestations des
lois de la nature avec le sérieux qu’on leur doit. C’est quand même paradoxal
qu’à l’aube du XXIème siècle, la physionomie de la vie reste
toujours une énigme, des plus tenaces, dans une communauté qui se vante de
connaître les prémices de notre cosmos et d’en repousser sans cesse les limites
; peut-être devrait-elle redescendre d’un ton et s’occuper davantage de
l’essentiel. Les causes (la cause ?) de la vie mériteraient beaucoup plus
d’attention que ses effets. En voulant nous impressionner avec des abstractions
conceptuelles qui ne reposent, dans l’absolu, sur rien de concret, les
prestidigitateurs des universités masquent leur incompétence et leurs lacunes
sur le(s) principe(s) élémentaire(s) de la réalité observable en subjuguant
leur auditoire – leurs élèves et les amateurs de science-fiction – avec
une poudre aux yeux assurément fascinante.
Le jour où les universitaires prendront leur distance
avec une science théorique qui ne mène nulle part, peut-être que les grandes
énigmes de la nature seront enfin reconsidérées dans leurs amphithéâtres. Quand
ce jour arrivera, la science sera de nouveau en symbiose avec les fondamentaux
universels de la physique. Les sujets de recherche ne manqueront pas. Nous
pourrions commencer, par exemple, à nous intéresser à l’influence du
rayonnement lunaire sur la croissance perpendiculaire d’un végétal, ou encore la
relation polarisée et analogique entre les bronches d’un poumon et les branches
d’un arbre : le premier est à l’abri de la lumière solaire, il inspire de
l’oxygène et expire du dioxyde de carbone, le second absorbe du dioxyde de
carbone et rejette de l’oxygène sous l’influence directe du Soleil.
Au début du XXème
siècle, Nikola Tesla (1856-1943) – le visionnaire de la physique
invisible – nous avait déjà averti sur les dérives mystificatrices qu'il
percevait dans la science théorique (incarnée à son époque par Albert Einstein)
dans le journal américain The New York Times en 1931 : « Le travail de relativité d'Einstein est un
magnifique déguisement mathématique qui fascine, éblouit et rend les gens
aveugles aux erreurs sous-jacentes. La théorie est comme un mendiant vêtu de
violet que les ignorants prennent pour un roi... Ses représentants sont des
hommes brillants, mais ce sont des métaphysiciens plutôt que des scientifiques
».
En
effet, le cas d’Albert Einstein est
plus que symptomatique pour révéler le marasme intellectuel
dans lequel nous baignons. En ‘‘empruntant’’ les grandes lignes de sa théorie
sur la relativité générale au physicien français Henri Poincaré (1854-1912), nous prenons très peu de risque en affirmant que la
renommée de l’icône
transgénérationnelle de la science relève plus de l’ingénierie sociale
que du génie authentique. Avoir un spoliateur comme référence adulée est un
signe des temps on ne peut plus représentatif du niveau de respectabilité que
méritent ses institutions. Ces mensonges ne se limitent pas à l’honnêteté et à
la moralité des piliers de notre société, ils touchent aussi la technologie que
nous employons au quotidien. À l’heure où les ondes électromagnétiques
connectent tous les habitants de la Terre, l’anachronisme entre l’ingénierie
d’un téléphone portable et celle du moteur à explosion, dont la technologie de
base est vieille d’environ cent soixante-dix ans, est plus que risible. Cela
soulève une question à méditer en toute sincérité : les travaux
‘‘scientifiques’’ portés au firmament par le système, sont-ils les seuls qui ne
menacent pas son hégémonie et la prospérité de son modèle économique ? La
question mérite au moins d’être creusée…
Prenez donc garde, si
vous voulez obtenir le diplôme d’une université prestigieuse et faire carrière,
il est préférable d’éviter certains sujets. Diriger vos recherches en dehors du
cadre imposé par le conformisme régalien, surtout lorsqu’elles s’attaquent aux
théories des dieux indétrônables du panthéon scientifique, est une erreur à ne
pas commettre. Malgré les impasses manifestes, il est aujourd’hui impensable de
remettre en cause les croyances structurelles de l’Église scientifique. Refuser
de se prosterner devant ses idoles signerait votre excommunication, la perte de
votre crédibilité et de votre respectabilité.
Comme je n’ai rien à
perdre, à gagner, ou même à prouver, il m’est plus facile de tenter de mettre
en lumière la frivolité de la physique ‘‘extraterrestre’’ en ce qui
concerne le premier intérêt de cette étude : les révolutions des astres
au-dessus de nos têtes. Bien que les astrophysiciens soient toujours à des
années-lumière de pouvoir mettre en évidence la mécanique sous-jacente à ces
révolutions, ils s’obstinent toujours, ancrés dans le dogme de leur éducation,
à vouloir démontrer ce phénomène par la loi universelle de la gravitation
d‘Isaac Newton (1642-1726). L’équation de cette théorie permet effectivement de
quantifier les paramètres de la chute d’un objet sur Terre, et donne une
solution mathématique pour expliquer l’équilibre entre deux corps célestes,
mais ne précise absolument pas la cause de leur déplacement, régulier, qui plus
est. Depuis que l’ancien président de la Royal Society s’est prononcé
sur la loi de la gravité, aucun membre de l’establishment ne cherche à
s’étendre, avec un sérieux appliqué et digne de la méthode scientifique, sur la
cause de la force de rotation (vectorisée par f dans l’illustration ci-dessous, où la course orbitale de
la Lune autour du centre de la Terre est prise comme exemple). Cette force,
pour reprendre la nomenclature courante, n’est jamais prise en compte :
c’est précisément là que le bât blesse.
Si aucun élément de
réponse sur l’origine de la force f ne
peut être formulé, la gravité ne peut pas être validée telle qu’elle est
présentée par la cosmologie contemporaine. À cela, il ne faudrait surtout pas
oublier qu’aucun appareil ne peut la détecter et qu’aucun scientifique ne peut
reproduire son champ en laboratoire. De toutes les interactions fondamentales,
et parce qu’elle échappe le plus à notre compréhension, cette soi-disant force
de cohésion reste l’un des plus épais mystères de la physique d’aujourd’hui. En
conséquence, il ne faut pas avoir peur de reconnaître que le manque de rigueur
scientifique qui entoure ce concept n’est pas rassurant sur la qualité de
l’expertise et affaiblit les piliers sur lesquels sa réputation repose. Malgré
tout, des spéculations, toujours plus invraisemblables les unes que les autres,
continuent de se faire valoir sur la scène scientifique. En vérité, depuis la
théorie de la courbure de l’espace-temps et les hypothétiques particules
subatomiques du monde quantique appelées gravitons,
nous n’avons pas avancé d’un iota. Pourquoi ? Simplement parce que l’origine de
ce phénomène naturel reste toujours insondable avec la science de nos pairs.
Ils se contentent d’expliquer que la cinétique des corps célestes est la
réminiscence d’une hypothétique explosion à l’origine de notre univers – le
fumeux ‘‘big-bang’’ – présenté au monde par le jésuite Georges Lemaître du
début du XXème siècle. Quoi qu’il en soit, la gravité newtonienne
pose un autre problème : l’unification entre la mécanique quantique et la
théorie de la relativité générale. Si la gravité ne peut pas être retirée de
l’équation, il faut savoir reconnaître que la physique théorique se heurte, une
fois de plus, aux frontières de ses propres extravagances.
Une fois que nous avons
accepté le fait que certaines théories sont actuellement enseignées comme des
vérités, il est plus simple de reconnaître que la science a perdu le cœur de sa
beauté immanente. Les heures glorieuses qui firent sa réputation sont désormais
derrière elle et les flambeaux qui la dissociaient de la religion diffusent
dorénavant une lumière plus que diffuse. Richard Feynman (1918-1988), prix Nobel de Physique en 1965 pour ses travaux sur le
développement de l'électrodynamique quantique, n’avait aucun problème à avouer
que : « la science est la croyance en
l'ignorance des experts ».
Même si le modèle
standard de l’astrophysique semble se satisfaire, notre appréhension de
l’univers reste toujours juvénile, incorrecte et cousue de fils blancs. Le
genre humain ne pourra jamais s’émanciper de son âge de pierre cosmique si nous
nous acharnons à vouloir construire, toujours plus haut, sur les fondations
d’une “science” qui a démontré ses limites et qui relève plus de la théorie
fantastique que du théorème empirique. C’est un fait : la science a sombré
dans des systèmes doctrinaux dont elle a du mal à faire l’exorcisme. Et les
garde-fous universitaires, auréolés d’une vanité affichée, ne manquent jamais
l’occasion de ridiculiser tout ce qui n’est pas issu de leur champ des
possibles. Une telle mentalité ne pourra jamais initier le changement de
paradigme dont le monde scientifique a besoin pour évoluer. Le jour où notre
approche fusionnera avec les principes à la source de la création, peut-être
que la nature nous révélera de nouveau les engrenages utilisés par le régisseur
de sa magistrale horloge.
•••••
En dépit de ce consensus, aussi agaçant soit-il, il ne
faudrait surtout pas tomber sous les projecteurs de l’extrémisme et rejeter
toutes les théories d’un revers de main ; certaines sont dignes d’intérêt,
parce qu’elles émanent, non plus des mathématiques, mais de l’intelligence
pure. Nous pensons particulièrement aux notions quelque peu obscures d’énergie
et de matière noire, qui ont mis en ébullition la communauté scientifique suite
aux observations d’Edwin Hubble en 1929. Depuis, beaucoup d’astrophysiciens
pensent que l’expansion de notre univers serait liée à un phénomène dynamique,
invisible et intrinsèque à l’espace. Considéré jusque-là vide à 96% (6), cet espace ne le serait pas du tout, il serait rempli
d’une substance énergétique, indescriptible à notre monde tangible qui
interagirait néanmoins avec celui-ci. Le vide serait donc plein d’une essence
cinétique, plus ou moins dense, que personne ne peut, pour l’instant,
expliquer, mesurer ou reproduire. Il n’est donc pas impossible que derrière le
monde accessible aux sens de l’homme se cache un continuum dont nous ignorons
totalement l’existence. Et ce n’est pas David Bohm (1917-1992), un des pères de la physique quantique, qui nous
apportera la contradiction, puisqu’il déclara : « L’espace n’est pas vide, il est plein. L’univers n’est pas séparé de
cette mer cosmique d’énergie noire ».
Au regard de la cosmologie universitaire, plusieurs
questions fondamentales sur la mécanique céleste restent encore sans réponse.
Voici, à mon avis, les plus perspicaces :
·
Qu’est-ce qui pousse la Terre à tourner sur elle-même ?
·
Qu’est-ce qui pousse la Terre à tourner autour du Soleil ?
·
Qu’est-ce qui pousse le système solaire à tourner autour du centre de la
galaxie ?
·
Pourquoi les planètes tournent-elles autour du Soleil sur un plan commun ?
·
Pourquoi les planètes tournent-elles sur elles-mêmes ?
·
Pourquoi peut-on prédire le mouvement et la position des astres avec une si
grande précision dans le temps ?
·
Pourquoi la Terre, le Soleil et toutes les planètes ont-elles toute la
forme d’une sphère ?
·
Suivant la loi de la physique action-réaction, quel type d’énergie est
consommé dans le mouvement des astres ?
·
Est-il possible que le mouvement circulaire de nos astres brillants soit
une réaction à l’action de cette mystérieuse énergie noire ?
·
Les mystères qui entourent la mécanique de la gravité universelle ne
seraient-ils pas les effets observables d’une cause invisible au sein de
l’énergie noire ?
Je pense que les réponses à ces questions se
trouvent dans le cœur de cette abstraction du monde matériel qu’on appelle « énergie noire ». Mais, sachant que cet espace est invisible, inconnu et
inexploré, comment pouvons-nous franchir ses portes et l’appréhender ? Si la
science moderne avait atteint ses limites, vers où nous tourner ?
•••••
À l’âge de 30 ans (3), je mis la main sur un
livre intitulé « Le mystère des Cathédrales et l’interprétation ésotérique
des symboles hermétiques du grand œuvre », écrit par Fulcanelli,
le célèbre adepte français. Cet ouvrage, classique et incontournable en matière
d’alchimie, m’a donné les clés tant recherchées pour enfin déverrouiller les
portes du royaume métaphysique de l’énergie noire : il fut l’étincelle qui mit
le Feu aux poudres.
Cependant, les clés de cet accès étaient précieusement
gardées derrière l’écran de fumée d’un langage ‘‘imagé’’, de type
cryptographique, cabalistique. Curieusement, l’essence mystérieuse de cet Art
embauma mon esprit dès les premiers paragraphes écrits par le maître, et malgré
mon impuissance à fixer son parfum, sa vibration ne m’était pas étrangère, son
arôme résonnait déjà de manière très significative, naturellement,
intuitivement, en mon for intérieur, depuis ma plus tendre enfance, sans savoir
que cet axiome existait en dehors de l’entendement de mon jardin secret. Le
meilleur moyen d’éclairer votre lanterne est de définir la cabale (du latin
« cabbalus ») : « c’est
une langue d'espèce hiéroglyphique, jouant sur tous les registres de
l’expression : images, mots, lettres, nombres, sons, couleurs, formes, poids,
etc... Ainsi que sur des conventions secrètes, dont la métaphore et les rébus
emblématiques sont le type le plus répandu. Elle n'a pas de forme propre ou
particulière, et ne dépend que de la culture et de l'imagination de ceux qui la
mettent en œuvre ».
Aujourd’hui, malheureusement, la seule « kabbale » connue par l’atrophie de
la culture occidentale, et de la
maçonnerie spéculative, est apparue dans la tradition rabbinique au XIIIème
siècle en Espagne, par l’intermédiaire du Zohar (le livre des splendeurs).
Contrairement au consensus prosélyte, «
kabbale » ou « kabbalah », voire même « qabbalah » dans
le but de servir une mystification plus efficace, n’est pas un courant
original, isolé et prépondérant, mais le simple reflet donné par la mystique
juive d’une tradition ancestrale qui l’a précédée. D’ailleurs, le mot « kabbale » n’est pas d’origine
hébraïque puisqu’il tire son étymologie du grec « kabbalès ». C’est pourquoi, afin d’éviter le
piège des homophonies, de promouvoir les inepties de la culture populaire et
d’affirmer l’universalité de son affiliation, les savants, ou autres experts en
la matière, aiment plutôt employer le terme de « cabale Hermétique » (en l’honneur du dieu grec Hermès) au lieu
de « cabale ».
Dans tous les cas, que ce soit « cabbalus
» en latin et « kabbalès » en grec, ces termes
définissent tous les deux l’animal emblématique de la connaissance depuis la
plus haute Antiquité : le cheval. La relation sémantique entre « cabaliste
» et « cavalier » devient on ne peut plus évidente, cohérente et justifiée au
regard des contes initiatiques écrits, depuis les premières croisades et la
découverte du folklore oriental, par Chrétien de Troyes. Du haut des sympathies
astronomiques que nous partageons ici-bas, comment de ne pas contempler les
chevaliers de la table ronde, le Roi Arthur et la quête du Saint-Graal –
le calice des calices – sous un angle différent du prisme Hermétique ? Ce
n’est pas un hasard (« hasard » est un terme d’origine perse, il se traduit par
« la main de Dieu ») si la journée du héros – toujours incarné par un preux
cavalier (l’expression du Donum Dei) –
soit si emblématique pour une tradition initiatique qui remonte à la nuit des
temps. C’est un fait, et nous aurons l’occasion de le démontrer plus en détail,
la monture de Pégase se chevauchait déjà sous le dôme étoilé des castes
sacerdotales chaldéo-égyptiennes.
La mentalité jacobine,
parachevée par des initiations fallacieuses, où les arrivistes en tout genre se
sont engouffrés, porta définitivement le coup de grâce avec l’idée abjecte que
l’homme pouvait désormais être considéré comme l’égal de Dieu. Ce genre de
doctrine est un blasphème au regard du verset 1 Corinthiens 6:19
: « Ne savez-vous pas que votre corps est
le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et que
vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ? » Dès lors, l’enseignement
gnostique de la transcendance divine n’avait plus sa place dans le temple. Et
l’opératif fut sournoisement remplacé par le spéculatif : pourquoi
s’évertuer à regarder le ciel et son planisphère étoilé, puisqu’aux yeux de ces
marchands, qui n’ont jamais vraiment quitté le temple, il n’existe plus de
vérité en dehors de celle de l’œil qui voit tout ?
Depuis l’avènement de
l’illuminisme : matérialiste, naturaliste et nominaliste, tout ce qui ne
peut être démontré, qualifié ou mesuré, n’existe plus. Comme Saint-Thomas, la
science de l’encyclopédie ne croit désormais que ce qu’elle voit, et les doctrines
Hermétiques furent définitivement rangées sur les étagères de la superstition.
Et n’ayons pas peur des maux, ce rationalisme triomphant est à l’origine de
l’immobilisme, du conformisme et du rationalisme de la communauté scientifique
d’aujourd’hui. René Guénon précisa en son temps : « Le rationalisme se définit essentiellement par la croyance à la
suprématie de la raison, proclamée comme véritable dogme, impliquant la
négation de l’intuition intellectuelle pure, ce qui entraîne logiquement
l’exclusion de toute connaissance métaphysique véritable ».
Parenthèses fermées,
revenons à une approche plus verticale de nos considérations.
•••••
Depuis que les sociétés
n’ont d’initiatiques que le qualificatif, le seul moyen de trouver la grâce
tant recherchée est de se servir soi-même. La première étape concerne
l’assimilation des arcanes de la Philosophie Hermétique, et en son sein,
l’étude de ses textes est inévitable. Pour un occultiste, ce travail ne demeure
pas moins une mince affaire, puisque cette littérature regorge de
faux-semblants. Si vous ne saviez pas que les initiés voilaient toujours leurs
écrits à l’aide de la cabale Hermétique, afin d’éloigner les envieux, leurs
grimoires n’étaient d’aucune utilité. Beaucoup d’aspirants furent ainsi mal
inspirés. Michel Sendivogius, le célèbre alchimiste
du XVIIème siècle, plus connu sous le nom du Cosmopolite, nous
avertissait déjà : « Si Hermès, le père des Philosophes, ressuscitait
aujourd'hui, avec le subtil Géber, le profond Raymond
Lulle, ils ne seraient pas regardés comme des Philosophes par nos Chymistes vulgaires, qui ne daigneraient presque pas les
mettre au nombre de leurs Disciples, parce qu'ils ignoreraient la manière de
s'y prendre pour procéder à toutes ces distillations, ces circulations, ces
calcinations et toutes ces opérations innombrables que nos Chymistes
vulgaires ont inventées pour avoir mal entendu les écrits allégoriques de ces
Philosophes ». À cela, il faut ajouter qu’après le tsunami de l’illuminisme
entre le XVIIIème et le XIXème siècle, les faux prophètes
se sont permis, afin de subjuguer leur auditoire, “d’enrichir’’ l’héritage
d’Hermès de textes tout droit sortis de leur imagination. Sachant qu’il faut
contourner ces supercheries, l’essentiel de notre exégèse doit donc se
concentrer sur les textes de la tradition orientale qui furent traduits en grec
depuis les conquêtes d’Alexandre le Grand au IVème siècle avant
l’ère Chrétienne.
Lorsque le Macédonien
s’empara de l’Égypte et y installa un de ses généraux comme nouveau pharaon («
pharaon » est un terme d’origine grecque qui se traduit par « celui qui porte le Soleil »),
l’horizon de cette terre ancestrale fut ravivé par la flamme lumineuse d’un
nouveau phare. La plupart du temps, l’annexion d’une terre sonne souvent le
glas de la culture locale, mais avec la lignée des pharaons ptolémaïques ce ne
fut pas le cas. Plutôt que de détruire pour imposer leur vision, les nouveaux
législateurs reconstruisirent le pays pour lui redonner sa splendeur d’antan.
Sous l’impulsion de la Philosophie aristotélicienne, la culture
gréco-hellénistique se mélangea aux enseignements des écoles de mystères
égyptiennes et aux traditions multimillénaires du monde mésopotamien. Qu’il
vienne de l’un des premiers prophètes perses, en la personne de Zarathoustra
(dont le nom signifie « l’étoile d’or » ou « la splendeur du Soleil »), ou des temples situés sur les rivages
du Nil, l’enseignement initiatique des castes sacerdotales reçu par les Grecs
n’est certes pas nouveau, car il est souvent répété que Platon (428-347 av. J.-C.) et Pythagore (570-495 av. J.-C.) en
avaient déjà largement profité de leur temps. La ville d’Alexandrie –
rebaptisée du nom de son conquérant – devint alors un lieu de rencontre et
d’échange très prisé par tous les occultistes du bassin méditerranéen en
matière d’Hermétisme. Dans ce prodigieux et merveilleux foyer d’érudits, de
savants et de mages, la gnose (« gnosis » se
traduit du grec par « la connaissance » et procède du désir de connaître Dieu
et ses secrets) fut incroyablement magnifiée. Mais, malheureusement pour le
salut de l’Humanité, la plupart des manuscrits produits durant cette
effervescence spirituelle semblent avoir péri dans les flammes de la mémorable
bibliothèque. Cette ultime barbarie contre l’héritage de nos pairs historiques
ne fut pas seulement le témoin d’un changement de mentalité, elle marqua au fer
rouge l’entrée de notre civilisation sous le joug temporel de l’empire romain
pour les millénaires à venir.
Même si, aujourd’hui, le
pouvoir de Rome n’est plus aussi prépondérant dans sa visibilité, soyez certain
que son pouvoir a su traverser les âges : après avoir conquis ses terres
par l’épée, l’Église catholique – héritière directe de l’Empire – s’est ensuite
emparée des âmes par le crucifix.
Fort heureusement pour
la tradition, 17 manuscrits, issus de la Philosophie égyptienne à l’ère
ptolémaïque, refirent surface sous les traductions de Marsile Ficin (1433-1499) – l’inévitable sommité de la Renaissance italienne.
Rassemblés sous l’appellation de Corpus Hermeticum,
ces textes sont considérés comme les textes fondateurs de l’Hermétisme ;
sur la voie des sages, leur Philosophie rayonnante agit comme un prisme naturel
et décompose la Lumière de la révélation divine dans les thématiques suivantes
:
·
Ordre du cosmos
·
L’unité (omniscience, omnipotence et omniprésence de l’éternel)
·
Le Soleil
·
Le démiurge
·
Cohésion des sphères
·
Fusion des contraires et la polarité
·
Le visible et l’invisible
·
La vérité et l’illusion de notre réalité
·
La création à travers la mise en mouvement circulaire de l’unité
·
Le noos et la volonté créatrice
·
Le temps, l’espace et la matière
·
Le corps, l’âme et l’Esprit
·
Le bon, le beau, le bien et le juste
·
Les vices et les vertus
·
La création est un Art et la notion d’harmonie
·
L’Ogdoade
·
L’intelligence et sa relation à l’homme-dieu
·
Le rapport 12/10 (ou 6/5)
·
Le zodiaque et l’astrologie
À l’évidence,
l’évocation de l’astrologie dans cette liste peut paraître on ne peut plus
surprenante, mais sachez, malgré le sort qui lui est aujourd’hui réservé, que
les mages-initiés en ont toujours fait la pierre angulaire de toutes les
sciences de l’Antiquité. Avec la magie et l’alchimie, cet ésotérisme rassemble,
sous le vocable de la théurgie, les 3 voies opératives de la Philosophie Hermétique. Elles
forment un tout harmonieux, indissociable les unes des autres. Il est alors peu
probable qu’un alchimiste puisse se définir comme tel sans avoir été initié aux
magistères des deux autres disciplines. L’importance de cette trinité fut très
bien comprise par les Grecs, puisqu’elle est suggérée dans le nom du dieu
associé au père des philosophes, le bien nommé : Hermès-Trismégiste. En effet, à côté de la traduction communément
admise de « trismégiste » par « le 3 fois très grand », on peut tout à fait, grâce à la
phonétique, soumettre à l’hypothèse un autre niveau de lecture, soit « les 3 magistères ». Même si
la doctrine trinitaire de l’unité a traversé le temps par le Panthéon du monde
grec, son origine historique est bel et bien égyptienne. La splendeur de ce
testament se retrouve sur le plateau de Gizeh, où les 3 pyramides rappellent à
l’intellect du contemplateur que la trinité divine est atemporelle, immortelle
et indestructible. Comment ne pas être subjugué devant la majesté, la grandeur
et le génie de la civilisation qui les a bâties ? Les propriétés géométriques,
astronomiques et énergétiques implicites à ces volumes révèlent aux yeux de
tous, mais surtout à ceux qui savent voir au-delà des apparences, la beauté
d’une pensée que la nôtre n’a jamais égalée.
L’héritage de cette
intelligence, venue de la nuit des temps, se personnifie également dans les
attributs du messager des dieux égyptiens, Djéhuty-Thot, dont la tradition s’est toujours plu à faire la comparaison
avec Hermès-Trismégiste. La plume du
regretté Jean Phaure (1928-2002) décrivait Djéhuty-Thot ainsi : « il est le scribe de l'Ennéade divine, le pinceau avec lequel écrit le
dieu de l'univers, le créateur des langues, le grand magicien des sphères qui
préside à la création originelle pour appeler le monde à l'existence par la
parole, aux côtés de Ptah. Il est surtout celui qui préside à l'ordre du monde,
le grand calculateur, le maître des cycles du temps ». Il est important de
préciser que dans la théogonie des Égyptiens, Djéhuty-Thot n’était pas considéré comme un dieu au sens propre du terme,
mais plutôt comme un neter (très proche
phonétiquement de « nature ») ; soit l’anthropomorphisation d’une Force, d’une action de l’immanence
divine dans le monde manifesté, une sorte d’hypostase ou un æon, comme aimaient le définir les
gnostiques. On ne peut plus être aussi charitable en vous offrant la clef qui
ouvre l’accès aux 12 (3) versets de la Table d’Émeraude (Tabula Smaragdina en latin ou Lawḥ
al-zumurrudh en arabe), sur laquelle tout le
firmament de la Philosophie Hermétique est synthétisée. Tous les occultistes, versés dans l’histoire des religions, se
sont pris de passion pour ces écritures gravées sur une émeraude – une pierre
précieuse de couleur verte ; selon leur culture et leur époque, les plus
lettrés d’entre eux ont produit une kyrielle de traductions, plus ou moins
représentatives de la première version écrite en arabe au IXème siècle :
l’appendice du Livre du secret de la création (Kitâb
sirr al-Halîka). Du
point de vue de la tradition, l’affiliation arabisante n’est pas dénuée de sens
puisque les descendants des Perses délogèrent les Byzantins d’Alexandrie au VIIème
siècle, et devinrent, par la force des choses, les vecteurs actifs de la
transmission initiatique.
Personnellement, je
préfère la traduction faite au XIVème siècle par Hortulain
à partir de la Vulgate latine :
I.
Tout ce qui est en bas, est ce qui est en haut : et ce
qui est en haut, est ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule
chose.
II.
Et comme toutes choses ont été, & sont venues d’un,
par la médiation d’un : ainsi toutes les chose ont été nées de cette
chose unique, par adaptation.
III.
Le Soleil en est le père, la Lune est sa mère, le vent la
portée dans son ventre ; la terre est sa nourrice.
IV.
Le père de tout le Telesme
de tout le monde est ici. Sa Force ou puissance est entière,
V.
Si elle est convertie en Terre.
VI.
Tu sépareras la terre du Feu, le subtil de l’épais
doucement, avec grande industrie.
VII.
Il monte de la terre au ciel, & derechef il descend
en terre, & il reçoit la Force des choses supérieures &
inférieures.
VIII.
Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; &
pour cela toute obscurité s’enfuira de toi.
IX.
C’est la Force forte de toute force : car elle
vaincra toute chose subtile, & pénétrera toute chose solide.
X.
Ainsi le monde a été créé.
XI.
De ceci seront & sortiront d’admirables adaptations,
desquelles le moyen est ici.
XII.
C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès-Trismégiste, ayant
les 3 parties de la Philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l’opération
du Soleil est accompli, & parachevé.
Ces vers trouvent une
curieuse résonance avec le prologue de l’Évangile de Saint-Jean, cité
ci-dessous :
I.
Au commencement était le Verbe (le Logos), la
parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
II.
Il était au commencement auprès de Dieu.
III.
Par lui, tout s’est fait, et rien de ce qui s’est fait ne
s’est fait sans lui.
IV.
En lui était la vie, et la vie était la Lumière des
hommes ;
V.
La Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne
l’ont par arrêtée.
VI.
Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean.
VII.
Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la
Lumière, afin que tous croient par lui.
VIII.
Cet homme n'était pas la Lumière, mais il était là pour
lui rendre témoignage.
IX.
Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme
en venant dans le monde.
X.
Il était dans le monde, lui par qui le monde s'était
fait, mais le monde ne l'a pas reconnu.
Effectivement, les
similitudes entre les deux textes sont plus que frappantes. Par conséquent, les
scribes de l’Église catholique se sont probablement inspirés de la sapience
contenue dans le souffle des textes Hermétiques. Dans la création des ‘‘Saintes
Écritures’’, le plagiat de manuscrits antérieurs par les Pères de l´Église se
confirme à deux reprises. D´une part, L’Évangile de Jean ressemble, à s’y
méprendre, aux Évangiles gnostiques de Cérinthe, écrits au premier siècle de
l´ère chrétienne. D´autre part, l´Apocalypse (« apokalypsis
» se traduit du grec par « révélation »), écrite par Saint-Jean, est
l’assemblage d’une kyrielle de textes sacrés, comme le Livre d’Hénoch
ou le Livre d’Ezéchiel.
Dans un sens, la volonté
d’incorporer des connaissances ancestrales au message de l’apôtre favori du
Christ, qui est toujours accoutré d’un manteau vert dans l’iconographie,
indique que le catholicisme s’est façonné sur des doctrines préexistantes. En
plus, n'oublions pas qu’avant l’invention de l’imprimerie au XVème
siècle, falsifier un manuscrit était un jeu d’enfant, et les mystificateurs,
ayant soif de suprématie religieuse, manièrent cette pratique avec le succès
que l’on connaît. Par exemple, en ce qui concerne les écritures de l’Ancien
Testament, tous les exégètes savent que les Dix Commandements, supposément
délivrés à Moïse par Dieu sur le mont Sinaï, ne sont qu’un vulgaire plagiat du
paragraphe 1:125 du Livre des Morts Égyptiens. Que
cela vous plaise ou non, la théologie judéo-chrétienne n’est qu’une pâle copie
des préceptes gnostiques du neter à l’unique
œil vert : Hor ou Horus – le porteur de Lumière égyptien.
Rien de nouveau sous le Soleil, les Hébreux ont également recyclé ce qui
existait déjà avant eux. C’est pourquoi les différents textes bibliques, le
Pentateuque et les Évangiles canoniques ne pourront jamais être considérés
comme des vérités historiques ou des références théologiques indiscutables.
Malgré tout, même
altérée, la littérature sacrée recèle encore bien des trésors initiatiques sur
lesquels il serait bon de se pencher, car le syncrétisme théosophique, que l´on
retrouve dans les textes des différentes cultures civilisationnelles, suggère
irrémédiablement une origine commune, un syncrétisme, une sorte de tradition
primordiale comme aimait à le définir René Guénon. Ceci dit, revenons aux vers
de la Table d’Émeraude.
•••••
Dans ces vers, ce qui frappe de prime abord notre
attention est le principe totalement novateur qu’une Force (« le Verbe » dans
le prologue de Saint-Jean) serait lié à la création du monde, à l’action du
Soleil (symbole de la Lumière) et à la médiation de l’unité. Cette conception
ancestrale de la genèse de la matière est singulièrement très proche de la
déclaration que fit Max Planck, prix Nobel de physique en 1919 : « toute
matière n’existe qu’en vertu d’une Force qui fait vibrer les particules et
maintient ce minuscule système solaire de l’atome. Nous devons assumer derrière
cette Force l’existence d’une conscience et d’un Esprit intelligent. Cet Esprit
est la matrice de toute matière ». On ne peut qu’être sidérés par la
connaissance des initiés de l’Antiquité, à savoir qu´ils avaient déjà compris
ce que les hommes du XXème siècle commençaient à peine de découvrir.
Et ne nous méprenons pas, c’est bel et bien l’existence de Dieu qui est suggéré
par cette sommité de la communauté scientifique. La réalité de champs
inaccessibles, indescriptibles et incommensurables ne peut plus être regardée
comme un artifice de films de science-fiction ou comme les divagations des
maîtres de sagesse venus d’Orient. Il est vrai que notre génération pense
automatiquement aux films de Georges Lucas dès que l’idée d’une force est
mentionnée. Il est aussi vrai que personne ne se doute que la description de la
Force faite par maître Yoda à son jeune apprenti : « Mon allié est la Force
et c'est un allié puissant. La vie la crée, la fait croître, son énergie nous
entoure et nous lie. Nous sommes des êtres lumineux, pas de cette matière
brute. Tu dois sentir la Force autour de toi, entre toi, moi, l'arbre, le rocher,
partout. », est en tout point similaire à celle de la tradition des mages.
Maîtriser la Force, c´est accéder, comme vous l´avez deviné, au rang de
chevalier… Après de longs siècles d’ineptie religieuse, la science adogmatique
et la culture populaire peuvent enfin se réconcilier sur le terrain fertile de
la clairvoyance gnostique.
Grâce à ces révélations sur la Force, qui assimile la
création à la volonté d’une conscience intelligente ou d’un démiurge, les 12 (3) versets de la table
d’émeraude guident la conscience de chacun sur la primauté et l’exactitude de
la vision des disciples d’Hermès. Là où nos pairs se limitent à une science des
effets : matérielle, nos ancêtres surpassaient déjà le monde intelligible et se
concentraient directement sur la cause de la manifestation : spirituelle, en
dehors du temps et de l’espace.
Dans la culture
Hermétique, les initiés ont toujours comparé les propriétés de la substance
spirituelle précédant la matière à celle d’un océan, car son eau remplit le
“vide” (« vidyā (विद्या)
» se traduit par « la connaissance » en sanskrit) comme l’eau remplit
n’importe quel récipient. Cet océan fait écho à la mer cosmique d’énergie noire
à laquelle David Böhm faisait allusion. Puisque l’homophone de « mer » : «
mère », vient de « mater » en latin, nous pouvons tisser des liens sémantiques
intéressants entre « mère », « mer », « mercure » (avatar d’Hermès-Trismégiste
chez les Latins), « matière », « matrice » et « Marie » (« Marie » est
l’anagramme d´« aimer »).
Si cette matrice
invisible est à l’origine de toute manifestation, l’assomption qu’elle soit
vierge coule de source et l´emblème de la
Vierge noire (le noir, en opposition à la synthèse des 6 couleurs du spectre
visible, exprime l’absence de lumière), comme celui de la Vierge Marie devient
alors plus explicite sous l’angle de la théosophie, puisque la Sainte-Vierge,
la reine mère, la mer divine, est la figuration ordinaire du mercure des philosophes.
Curieusement, l’anagramme d´« énergie noire » est «
reine ignorée », ce qui nous rappelle la parabole du verset 1:5
du poème biblique du Cantique des Cantiques, probablement né des amours entre
le Roi Salomon et la Reine de Saba : « je
suis noire, mais je suis belle (…) ».
Au XIIème siècle,
dans son ouvrage Livre secret
traitant de l’art caché et de La Pierre Philosophale, l’alchimiste Artéphius nous présentait l’eau des sages de cette
façon : « Ô combien est précieuse et
magnifique cette eau ! Car sans elle, l’œuvre ne pourrait parfaite : aussi
est-elle nommée le vaisseau de la nature, le ventre, la matrice, le réceptacle
de la teinture, la terre et sa nourrice, elle est la fontaine dans laquelle se
lavent le Roy et la Reine, et la mère qu’il faut mettre et sceller sur le ventre
de son enfant qui est le Soleil ». Commencez-vous
à comprendre comment les cabalistes brouillèrent délibérément les pistes
remontant à l’océan primordial par le maniement d’un champ lexical volontairement alambiqué, afin de
définir une chose unique, soit, en l’occurrence, l’unicité de la matière – la materia prima ?
Dans le Corpus Herméticum, le verset 16 de l’extrait d’un discours d’Hermès à Tat affirme que : « Tout ce
qui existe est en mouvement ; le non-être seul est immobile ». L’unité,
état préliminaire à la manifestation divine, pourrait alors être imaginée comme
de l’énergie sous forme d’ondes stationnaires, et lorsque cette énergie est
vectorisée, le tout se met en mouvement pour créer l’espace, le temps et, par
conséquent, la matière. La matrice universelle naît de la rupture de
l’équilibre spatial de l’unité : cette première impulsion est la Force
forte de toutes forces, son Spiritus Mundi et
son Saint-Esprit. C’est le
passage de l’Ain Soph à l’Ain Soph Aur dans l’arbre de vie de la kabbale
hébraïque.
Un cabaliste chevronné
décomposerait le mot « saint » en 3 parties, soit « s », « ain » et « t ». Le « t » muet est le tracé d’une croix, il
exprime le centre. « Ain » est le principe qui précède la matière, qui définit l’« abîme » et
« la non-existence » en hébreu et
s’entend « un », chiffre de l´unité en français, et « s » est la lettre de la
manifestation, parce qu’elle ondule comme la représentation graphique d’une
pulsation. En d’autres termes, le saint est une personne dont la signature
vibratoire résonne avec la première impulsion émanant du centre de l’unité.
C’est la raison pour laquelle l’âme d’un saint – son esprit – sera toujours au
plus près de la résonance divine et créatrice de l’Éternel.
Les différents états de
la matière pourraient alors se comparer aux barreaux d’une échelle, où la Force
matricielle se cristallise, ou se condense graduellement, dans des formes plus
ou moins régulières. Cet état de fait est
appuyé par la meilleure définition que
vous pourrez trouver de l’alchimie, celle de Fulcanelli :
« l’alchimie est la permutation de la forme par la Lumière, le Feu ou
l’Esprit ».
Même si, d’après le
témoignage d’Irénée Philalèthe (1628-1665), la transmutation métallique semble être une réalité, il
est important de souligner faire de l’or pour s’enrichir n’a jamais été la
finalité de l’alchimie. Là encore, beaucoup se sont fourvoyés à ne pas
comprendre les écritures cabalistiques de nos aînés. Séparer le pur de l’impur,
c’est passer d’une matière vile à une matière rectifiée. Plus les arrangements
moléculaires deviennent simples et ordonnés, plus la matière et la source
matricielle tendent graduellement
vers la réunification, vers l’unité. La matière se purifie dans une révolution
inverse à la chute luciférienne (« Lucifer » est « le porteur de Lumière » en latin,
et il apparaît pour la première fois dans la mythologie grecque, où il est le
gardien des chevaux du dieu solaire Apollon), d’où le concept
Nietzschéen de l’éternel retour. La fameuse immortalité, sur laquelle les
rêveurs fantasment tant, n’est peut-être finalement que la recherche de
l’éternité, de l’immobilité absolue, là où l’éternel se repose, au plus près de
l’unité.
Le royaume de la science
des adeptes est donc, par définition, en dehors du temps et de l’espace. En
outre, contrairement à la science moderne qui se préoccupe exclusivement de la
matière, l’alchimie, la magie et l’astrologie se polarisent directement sur la
matrice et les lois invisibles qui l’animent.
·
L’astrologie jauge les variations énergétiques du Feu céleste, en observant
les influences des astres et des planètes sur le monde terrestre
·
L’alchimie représente la manifestation de ce Feu dans les organismes, a
priori, inanimés (les minéraux et les plantes)
·
La magie canalise directement ce Feu dans le corps de l’adepte. Celui-ci,
en tant que mage dans le sens noble du terme, possède une maîtrise parfaite du
Feu cosmique. Il parvient à faire transiter cette Force à travers les chakras
de son corps, afin de la moduler et de la rediriger selon l’usage qu’il
souhaite en faire. Si l’amour divin remplit son cœur, il pratiquera alors la magie blanche,
visant à créer harmonie et bien-être. À l'inverse, s’il se laisse séduire par
les ténèbres, il pourra sombrer dans la magie noire, utilisant cette même
Force pour semer division et destruction.
À l’horizon de nos
réflexions, il apparaît que le principe moteur de toute existence – la Force sous-jacente à la vie – est généré par une matrice qui trouve son origine en
dehors des frontières de notre réalité. Une déduction qui semble être partagée
par Niels Bohr, prix Nobel de physique, vu qu’il déclarait en 1922 : « Toutes les choses que nous appelons
réelles sont faites de choses qui ne peuvent pas être considérées comme réelles
».
Dès lors, si l’Esprit
matriciel réside en dehors du champ sensible et mesurable, comment est-il
possible de percevoir sa substance dans le monde accessible aux hommes ?
•••••
À mon sens, si cette Force créatrice est la
cause d’effets tangibles, sa signature doit obligatoirement être observable
dans la nature. Il est donc possible d’entrevoir les mécanismes de cette
matrice en endossant la mentalité
d’un curieux insatiable, c’est-à-dire en ouvrant grand les yeux. Dans cette
volonté, la spécialisation dans un domaine ou dans un autre serait une grave
erreur, le Philosophe de la nature doit
ouvrir le champ des possibles à tous les domaines scientifiques, de
l’astronomie à la minéralogie, soit, en d’autres termes, à tous les phénomènes
visibles entre le ciel et la terre. L’empreinte de la Force doit être présente
partout, et comme le suggère la table d’émeraude, dans l’infiniment grand comme
dans l’infiniment petit. Le travail consiste à repérer ses traces puis à
trouver les analogies qui les lient.
C’est en œuvrant à cette
tâche qu´au XIIIème siècle de l’ère chrétienne le mathématicien
Léonard Fibonacci remarqua qu’une suite arithmétique était liée à la génération
dans le monde biologique. Dans la
progression de cette suite, chaque nouveau nombre est la somme des deux autres
qui le précédent, soit 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21(3), 34, 55, 89, 144 (9)… et ainsi de suite. Plus
les nombres deviennent élevés, plus le rapport entre un nombre et celui qui le
précède tend vers une constante mathématique d’une valeur de 1,618. Ce rapport
de proportion était défini par le père de la géométrie grecque,
Euclide, comme le partage d’un segment entre extrême et moyenne raison. Cette
proportion, que l’on retrouve dans la phyllotaxie du monde végétal, semble être
un modèle universel, se répétant invariablement dans toutes les créations de la
nature.
On observe ainsi des
arrangements spiralés de cette matrice numérique dans les fleurs, le chou romanesco
et la pomme de pin, mais aussi dans la coquille des nautiles et des
gastéropodes. Ces analogies sont tout à fait stupéfiantes parce qu’elles ne se
limitent pas à ces quelques exemples ; elles trouvent un écho universel
dans les 3
règnes du monde vivant : le minéral, le végétal et l´animal. La nature
fait de la géométrie, automatiquement, sans équerre ni compas. La nature n’a
pas besoin de plan, elle est le plan. Son architecture, surtout lorsqu’elle
s’exprime de manière hélicoïdale (« hélicoïdale » et « hélice » ont la même
racine étymologique qu’Hélios, le dieu solaire des Grecs) et
logarithmique, est tout simplement éblouissante. Je ne comprendrais jamais
pourquoi la plupart d’entre nous restent encore stoïques devant une telle
beauté et une telle élégance ? N’ont-ils pas d’yeux pour voir ?
Depuis le XXème
siècle et Matila Ghyka, le
rapport de proportion égal à 1,618 est connu sous l’appellation du « nombre
d’or » ; l’employer serait néanmoins une grossière erreur, car une
proportion n’est pas un nombre mais le rapport entre deux nombres, dans leur
expression arithmétique ou géométrique. Il est donc préférable d’utiliser
« proportion d’or ».
L’étymologie d’ « or » vient d´« aor », « aour », « aur » ou « our » dans les langues sémitiques qui se
traduisent par « la Lumière ». Lorsqu’on
se souvient du prologue de l´Évangile de Saint-Jean où il est écrit : « le Verbe était dieu (…) Le Verbe était la
vraie Lumière », la corrélation entre Dieu, le Verbe, la Lumière et la
proportion d’or devient plus qu’évidente pour un des modes de pensée chez les
mages : le raisonnement synonymique. Si vous cherchiez une preuve concrète
de l’existence de Dieu, la proportion d’or donnerait à votre argumentation une
dimension factuelle qu’il serait difficile de réfuter. D’autant plus que le
symbole grec la proportion d’or : Φ, définissait chez les premiers adorateurs du Christ « la
Force de Dieu », « la Volonté » (« le Telesme » de la
table d’émeraude) ou le principe de concentration de l’Esprit dans la matière.
La signature de Φ se manifeste aussi dans l’anatomie
humaine. Parmi la multitude d’exemples que nous pourrions citer, le cas du
nombril est le plus significatif. En effet, sachant que le mot « nombril » est
l’homologue phonétique de « nombreel », les
cabalistes le décomposeraient en « nombre » et « el » pour en trouver la
substantifique moelle. Comme el est le nom de Dieu donné par les Sémites
de l’Antiquité, ce point – si spécial au regard de l’homme de Vitruve – est la
révélation physique de la signature divine dans les proportions du corps
humain. D’une part, c’est à partir de là que l’énergie nourricière de la mère
nous fut insufflée ; d’autre part, et c’est en cela qu’il nous intéresse
ici, il divise en moyenne la distance entre les pieds et la tête par la
proportion d’or. Le verset 1:27 de la genèse qui
déclare que « l’homme a été bâti à
l’image de Dieu » n’est donc pas une parabole, il doit être compris de
manière littérale, au premier degré.
Le dictionnaire Larousse
nous explique que : « Φ est la 21ème lettre de
l'alphabet grec (21(3) = 3 x7), correspondant, en grec ancien, à un « p
» aspiré et, en grec moderne, à
un « f ». Il est transposé par « ph » dans les mots français issus du grec ». La première syllabe
des mots « Philosophie », « physique », « phyllotaxie », « firmament », « Force
» et « Feu » souligne le rapport intime que ces mots entretiennent avec la
proportion d’or. L’étymologie est une science à manier avec le plus grand
sérieux, parce que, comme vous avez pu vous en rendre compte précédemment, les
clefs d’investigations qu’offre cet outil sont inégalables.
Devant toutes ces
sympathies, il me semble peu présomptueux d’affirmer que Φ, véritable pivot tourbillonnant de
l’harmonie universelle (à entendre « uni vers el »
ou « uni ver sel », soit « sel vert uni » pour une
lecture de droite à gauche), est l’empreinte organique d’une matrice créatrice,
dont la structure est assujettie aux lois de la géométrie et de l’arithmétique.
Platon l’avait très bien compris puisqu’il déclara : « Dieu, toujours, fait de la géométrie » et « la géométrie attire l'âme vers la vérité, et forme l'Esprit
Philosophique, en forçant l'âme à porter en haut ses regards, au lieu de les
abaisser ».
Pour leur part, les
historiens racontent que la proportion d’or fut baptisée « phi » afin d´honorer
le sculpteur Phidias (480-430 av. J.-C.), célèbre pour avoir
participé à la construction du Panthéon d’Athènes, où le rapport si précieux
est exalté dans les proportions de la façade. Devons-nous être estomaqué par le
fait que la proportion d’or était déjà utilisée cinq siècles avant l’ère
chrétienne chez les architectes grecs, mais également, d’après les travaux de
René Adolphe Schwaller de Lubicz
(1887-1961), chez leurs confrères Égyptiens ? Absolument pas,
car tous les Artistes, dignes de cette majuscule, ont toujours essayer de faire
résonner leurs œuvres avec cette signature si particulière. Dans leur désir de
singer la nature (à entendre « saint G », où G est une présentation graphique
de la spirale), ils attribuèrent à Φ le canon ultime de la beauté. À
chaque fois que Φ est utilisé, c’est un
hommage syncrétique à la nature et au créateur qui est célébré. Depuis les
grandioses pyramides du plateau de Gizeh jusqu’aux peintures abstraites de
Kandinsky, Φ a toujours été
l’apanage du génie Artistique et la marque d’une relation symbiotique avec
l’univers. Cette forme d’expression est assurément née d’une nécessité, celle
de révéler et de glorifier dans le monde matériel l’intelligence invisible de
la création divine.
•••••
N’en déplaise à nos
contemporains, l’Art d’avant le XXème siècle n’avait rien en commun
avec les ‘‘œuvres’’ d´aujourd´hui. Le mot «
art » est devenu, malgré lui, un
terme fourre-tout dans lequel n’importe quelle création plastique peut trouver
sa place. Il suffit de fréquenter les galeries pour prendre conscience que
l’‘‘art’’ est devenu une mascarade intellectuelle et une pollution visuelle sur
laquelle des gens mal intentionnés ou des charlatans essayent de faire leur
fortune. En 1973, Jean Phaure décrivait déjà ce
courant avec l’objectivité qu’il méritait : «
l'art moderne est une magie noire, parfois au sens le plus opératif du terme,
et a pour fonction eschatologique, comme la psychanalyse, de replacer dans le
champ de notre conscience notre infra-psychisme peuplé de tous les résidus
psychiques et démoniaques qui avaient dans les phases précédentes du Cycle été
contenus dans ces caves par l'art sacré, les religions et la connaissance
initiatique ». Nul besoin de s’affranchir d’un doctorat en histoire de
l’art pour s’apercevoir que la créativité est, en comparaison avec les
réalisations de notre passé, la victime d’un processus de destruction
commandité. En effet, comment peut-on mettre sur le même piédestal les tableaux
de Jackson Pollock (1912-1956) avec ceux de Michel-Ange (1475-1564), de Raphaël (1483-1520) ou de Botticelli (1445-1410) ? Malheureusement pour notre éveil et notre bien-être,
cette forme imposée de terrorisme intellectuel ne se limite pas aux frontières
de l’art, mais pourri tous les piliers sur lesquels reposent l’affranchissement
d’une société saine et équilibrée.
À cela, il faut ajouter
que la créativité d’une personne ne fait pas obligatoirement d’elle un Artiste.
Les maîtres sont formels et sont toujours là pour en témoigner ; on ne devient
pas Artiste du jour au lendemain, perfectionner son Art demande beaucoup de
travail et une ascèse spirituelle de tous les instants. Sans être passé par la
purification et la rectification de son âme – faire preuve de sainteté – il est
pratiquement impossible de recevoir l’inspiration divine, de résonner avec la
Force et ne faire qu’un avec la grâce de sa quintessence pour produire quoique
ce soit. Léonard de Vinci (1452-1519) enfonce le clou un peu plus profond
dans la chair des prétendants, bien souvent sans talent, en suggérant que la
qualification d´Artiste se mérite effectivement en haut lieu : « l'artiste, sans cesse occupé à contempler
la création, rend au créateur un perpétuel hommage. Notre étude si patiente de
l'œuvre divine, demande plus d'efforts que de chanter matines ». L’Art
induit donc une relation fusionnelle avec le sacré, et en ce sens, il se doit
d’être un reflet de l’espace matriciel. Afin d’y parvenir, chaque détail doit
être mûrement réfléchi, mesuré et pesé. Absolument aucun élément ne peut être
le fruit du hasard. Et comme le soulignait Jean Phaure,
ce type de travail est aux antipodes de l’art spontané. Les proportions
arithmétiques et les tracés géométriques régulateurs organisent une composition
harmonieuse et résonnante. Le choix des couleurs s’accorde au symbolisme des
figures et des volumes. Les archétypes mythologiques et religieux se mêlent aux
références cabalistiques en tout genre. Et bien sûr, ne jamais oublier de se
souvenir du caractère Hermétique de la forme, c’est-à-dire, comme le stipule
l’adage de la tradition : « montrer, signifier, et cacher… tout à la
fois ». La divinité ne montre pas… elle suggère !
Dans le magma supérieur
de l’esprit créatif, et puisqu’elle est souvent considérée comme la pierre
angulaire de tous les Arts, l’architecture occupe une place privilégiée dans la
relation qu’elle entretient avec les éléments naturels. La synchronisation entre
les propriétés d’un temple et les cycles temporels a toujours été l’un des
secrets les mieux gardés par les hautes sphères initiatiques des castes
sacerdotales. C’est dans la résolution de la quadrature du cercle que la
bâtisse est élevée vers le sacré, et fait ainsi valoir sa fonction opérative en
conjuguant les énergies célestes et terrestres en son sein. Lorsqu’un temple
est construit dans les règles de l’Art, sa forme géométrique donne à l’espace
son orientation, et, comme une aiguille le ferait sur un cadran solaire, elle
donne aussi la mesure du temps. En cela, la connaissance scientifique des
cycles cosmiques élève l’Architecte au rang des initiés, et, dans cette
finalité, il ne peut pas en être autrement.
Malheureusement pour
l´Humanité, peu de personnes comprennent véritablement les systèmes de codage
employés dans les œuvres d’Art de nos ancêtres. Et même si leurs tentatives
sont couronnées de succès, la doxa universitaire les labellise automatiquement comme
de doux illuminés. Cette étiquette justifie d’autant plus l’approche des Arts
par le prisme de la psychologie chez les modernes, car il faut bien tenter
d’apporter une explication, même fantasmagorique, sur les allégories, les
métaphores et les paraboles de la culture traditionnelle de nos maîtres. Quoi
qu’il en soit, nous allons essayer de décrypter quelques œuvres pour ce
qu’elles furent réellement tout au long de cette thèse. Dans cette optique, la
meilleure manière de s’y atteler est d’utiliser les outils qui nous ont été
légués, et dans cette virtuosité, la mesure des Arts Libéraux est
incontournable.
Les Arts Libéraux sont
au nombre de 7 et se divisent en deux voies : le Trivium et le
Quadrivium.
·
Le Trivium se définit par l’expression du Verbe (la Lumière)
par les mots. Il se divise en 3 matières : la grammaire, la dialectique et la rhétorique.
·
Le Quadrivium se rapporte aux pouvoirs des nombres, soit
l’expression du Verbe par les
mathématiques et se divise en 4 matières : l’arithmétique, la musique, la
géométrie et l’astronomie.
Aux côtés de ces 7
voies, un axiome linguistique issu de la cabale Hermétique, appelé la langue des oiseaux, vient
compléter la palette déjà bien fournie de l’Artiste. Cet argot, qualifié de
solaire, dont les principes sont sanctifiés dans l’apparence de son initiateur
à la tête d’ibis, Djéhuty-Thot, se base exclusivement sur
l’assonance des mots, sans jamais prendre en compte les règles de l’orthographe
et de la grammaire. Richard Khaitzine (1947-2013) – l’ami qu’on aurait aimé avoir près de soi – en parlait
de la sorte : « Cette langue des oiseaux,
c’est celle révélée par Jésus aux apôtres par l’intermédiaire de son Esprit,
l’Esprit Saint. Souvenez-vous de cet épisode tiré des Évangiles. C’est la
période de la Pentecôte et les apôtres reçoivent le Don des langues sous forme
de langues de Feu, le Feu étant un synonyme d’Esprit. Mais dans ce cas, vous
demandez-vous, pourquoi l’appelle-t-on la langue des oiseaux ? Parce que
l’Esprit Saint, de nature volatile, est fréquemment symbolisé par un volatile,
un oiseau, souvent une colombe. »
Dans le but de colmater
les faiblesses du langage et de fournir les dernières clefs indispensables à
l’ouverture du royaume fermé des mages, le disciple d’Hermès utilisera un autre
vecteur de transmission, encore très mal compris de nos jours : le symbole.
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Le symbole joue un rôle
plus que singulier : stimulant uniquement la psyché, ce signe figuratif
relie l’homme à son imagination et connecte sa pensée à des sphères
indescriptibles par les mots. En effet, le son d’un mot est une vibration que
l’ouïe peut entendre, et, dans cet état, il possède déjà une manifestation
matérielle. Le mot coupe maladroitement la dynamique de l’idée qu’il souhaite
définir ; c’est précisément pour remédier à cette faiblesse que l’emploi
du symbole démontre toute son efficacité. Par la création d’un pont entre le
créé et l’incréé, ce mode de lecture donne la possibilité au mental de
traverser le miroir des apparences, d’entrevoir l’envers du décor, en dehors de
l’espace et du temps. Ferdinand Brunetière (1849-1906) précisait : « Le symbole est image, il est pensé… Il
nous fait saisir entre le monde et nous quelques-unes de ces affinités secrètes
et de ces lois obscures qui peuvent bien passer la portée de la science, mais
qui n’en sont pas pour cela moins certaines, tout symbole est en ce sens une
espèce de révélation. ».
Si une image vaut mille
mots, comme le suggère l’antique sagesse taoïste, un symbole vaudrait mille
images.
Nous ne pouvions pas
continuer cette introduction sans honorer le verbe aiguisé de René Guénon (1886-1951), parce que sa vie et son œuvre cristallisent à elles
seules une spiritualité sans concession. Il écrivait dans son livre Symboles
de la Science Sacrée : « Nous avons
déjà eu I’occasion de parler de l'importance de la
forme symbolique dans la transmission des enseignements doctrinaux d'ordre
traditionnel (…) Pourquoi rencontre-t-on tant d'hostilité plus ou moins avouée
à l’égard du symbolisme ? Assurément, parce qu'il y a là un mode d'expression
qui est devenu entièrement étranger à la mentalité moderne, et parce que
l'homme est naturellement porté à se méfier de ce qu'il ne comprend pas. Le
symbolisme est le moyen le mieux adapté à l'enseignement des vérités d'ordre
supérieur, religieuses et métaphysiques, c’est-à-dire de tout ce que repousse
ou néglige l'esprit moderne ; il est tout le contraire de ce qui convient au
rationalisme, et tous ses adversaires se comportent, certains sans le savoir,
en véritables rationalistes (…) C'est ainsi que les vérités les plus hautes,
qui ne seraient aucunement communicables ou transmissibles par tout autre
moyen, le deviennent jusqu’à un certain point lorsqu'elles sont, si l'on peut
dire, incorporées dans des symboles qui les dissimuleront sans doute pour
beaucoup, mais qui les manifesteront dans tout leur éclat aux yeux de ceux qui
savent voir (…) Si le Verbe est pensé à l'intérieur et parole à l'extérieur, si
le monde est l'effet de la Parole divine proférée à l'origine des temps, la
nature entière peut être prise comme un symbole de la réalité surnaturelle.
Tout ce qui est, sous quelque mode que ce soit, ayant son principe dans
l'intellect divin, traduit ou représente ce principe à sa manière et selon son
ordre d'existence ; et, ainsi, d'un ordre à l'autre, toutes choses s'enchaînent
et se correspondent pour concourir à l'harmonie universelle et totale, qui est
comme un reflet de la trinité divine elle-même. Cette correspondance est le
véritable fondement du symbolisme et c'est pourquoi les lois d'un domaine
inférieur peuvent toujours être prises pour symboliser les réalités d'un ordre
supérieur, où elles ont leur raison profonde, qui est à la fois leur principe
et leur fin. »
Dans sa figuration
vulgaire, le saint bol prend la forme d’une coupe ou d’un calice, lors du
rituel magique de la messe, au moment du sacrement eucharistique, il recueille
le sang Christique – liquide métaphorique du fluide cosmique. L’évocation d’une
substance aqueuse rappelle inévitablement la façon dont les Hermétistes
associaient le comportement de l’Esprit mercuriel avec un océan primordial. En
suivant le raisonnement analogique, le symbole remplit exactement la même
fonction que son homophone, révélé par la langue des oiseaux, à savoir que le
saint bol est le réceptacle et le révélateur dans le monde tangible, des
principes indicibles de la matrice universelle.
Je conçois que pour la
plupart d’entre vous l’Hermétisme paraît bien mystérieux, voire même
chimérique, d’autant plus que ce courant philosophique propose des perspectives
historiques et scientifiques que la pensée dominante qualifie d’irrationnelles
d’emblée. J’entends déjà la rhétorique des plus endoctrinés : « comment l’homme de l’Antiquité
pouvait-il connaître ce que la science moderne commence à peine à entrevoir
? Ne sommes-nous pas supérieurs à ces
bouseux du passé ? »
Eh oui, et quoi qu’il en
pense, l’Homme d’aujourd’hui n’a pas conscience de son ignorance. Mais, il ne
faudrait surtout pas lui jeter la pierre, car, depuis les bancs de l’école
maternelle jusqu’aux amphithéâtres des universités, il est poussé à répéter naïvement
ce qu’on lui apprend. Et vu que la majorité a grandi dans le même système, il
est logique que les gens “normaux” soient tous formatés de la même manière. À
sa décharge, il faut reconnaître que la quête du savoir, de l’enrichissement
intellectuel et culturel est une activité qui n’est plus valorisée. Absolument
rien n’est organisé pour nous encourager à lire les ouvrages des bibliothèques
et à multiplier nos connaissances générales. Ce triste constat est l’inexorable
conséquence d’une éducation régalienne constamment nivelée vers le bas, de la
propagation et la normalisation de la culture de l’artificiel (au détriment du
naturel), de la promotion et la standardisation de la médiocrité par les médias
dominants, de l’abrutissement et la manipulation hypnotique des masses par la
télévision. Et surtout, du déni toujours croissant d’un royaume spirituel
transcendant et salvateur. C’est un fait, on ne compte désormais plus les amis
qui sont très fiers de leur agnosticisme… Quelle tristesse !
À l’aube du XXIème
siècle, l’effondrement de la pensée est à l’image de la décadence, de la
dégénérescence et de la déchéance de notre civilisation. Cette sclérose
intellectuelle est devenue un obstacle de plus en plus épineux à franchir pour
ceux qui prennent les chemins de l’évolution spirituelle, de l’émancipation
personnelle ou de la voie gnostique. Le conditionnement social est tellement
puissant que les intrépides, ceux qui osent encore réfléchir par eux-mêmes,
sont souvent mis sur le banc des infréquentables et sont malheureusement sujets
à la moquerie. Il faut faire preuve d’une sacrée force de caractère pour se
libérer de la vindicte populaire et du jugement d’autrui. Ce travail demande
une profonde et délicate introspection sur soi-même ; très peu de personne
sont prêtes à souffrir pour dissoudre les illusions du quotidien afin de s’en
libérer complètement. Être capable de vider son calice de toutes les scories,
pour ensuite le remplir à nouveau d’une lumière plus radieuse, est un accomplissement
qui se mérite sur la durée.
La prudence, la
tempérance, la force d’âme et la justice sont les vertus cardinales nécessaires
à l’ouverture du royaume de Dieu. Si la persévérance est notre loyal serviteur
sur le chemin de la vérité, l’essence verticale du Feu solaire illuminera nos cœurs, et le travail entrepris sera
toujours couronné de succès. Sans cette quête spirituelle, je n’aurais
probablement jamais trouvé le courage de partager avec vous ces quelques
lignes, parce que les courants métaphysiques sur lesquels les vents de cette démonstration
vont nous porter sont ridiculisés par l’orthodoxie du système éducatif est très
mal compris par la culture globalisée d’aujourd’hui. Cette thèse n’aurait
jamais pu devenir une pierre originale portée à l’édifice, si nos préjugés
habituels n’avaient pas été surpassés, si les terres de l’inexploré n’avaient
pas été repoussées et si notre réalité n’avait pas été transcendée.
Pour ce faire, l’étude
scientifique et syncrétique des principaux symboles religieux est l’axe majeur
– son axis mundi – autour duquel cette thèse
va évoluer. Tel un Jason moderne en quête de la Toison d’or, guidé par la
clarté de l’étoile polaire, nous naviguerons sur les océans vibratoires les
plus mystiques et les moins inimaginables. Je vous invite donc à explorer la
science sacrée à bord de mon vaisseau, à lever le voile sur la nature naturante
du Saint-Esprit et à larguer les amarres vers les mystères les plus
absolus de tous : la création et l’origine de l’espace-temps.
Ludovic Nicolas