» Ceux qui ont le courage d’explorer la trame et la structure du cosmos, même si elles diffèrent profondément de leurs souhaits et de leurs préjugés, pénétreront ses plus grands mystères. «
INTRODUCTION
Publié le 28 octobre 2021
Avant toute chose, je
tiens à préciser que cette thèse ne s’inscrit pas dans un cadre universitaire,
comme beaucoup l’associent automatiquement. Si l’on suit la définition du mot «
thèse » donnée par le dictionnaire Larousse : « proposition théorique,
opinion, position sur quelque chose dont on s’attache à démontrer la véracité
», mon travail peut tout à fait recevoir ce titre, sans pour autant requérir la
reconnaissance du système ou d’une quelconque « autorité ».
C’est donc avec une
liberté de pensée sans limite, sans concession et, surtout, sans avoir de
comptes à rendre à qui que ce soit, que nous pourrons étudier, sous n’importe
quel angle, toutes les matières chères à notre enthousiasme de polymathe. Grâce
à cet état d’esprit, des idées originales ont pu
fleurir, s’épanouir et se révéler en dehors de la « plantation » dans laquelle
notre curiosité est habituellement enfermée. Être vivifié par une telle
ouverture est une bénédiction, et j’aimerais, sans rougir, partager avec vous
la rose de sa quintessence.
•••••
La genèse de cette thèse
remonte au jour où mes yeux se sont tournés vers le ciel ou, du moins, à la
nuit durant laquelle je pris conscience que la voûte étoilée tournait
inexorablement autour d’un point fixe, comme une roue autour de son essieu. En
contemplant ce spectacle grandiose, jamais je n’aurais cru que mes candides
réflexions sur les rouages du cosmos me pousseraient à étudier une pléiade de
disciplines, reliant l’astronomie aux sphères – apparemment immobiles – de la
minéralogie.
Je me suis tourné, de
prime abord, vers la science académique et, malgré des découvertes probantes
dans certains domaines comme celui de la physique quantique, j’y ai trouvé
beaucoup de théories et très peu de théorèmes. Contrairement à un théorème, une
théorie se fonde sur des spéculations : c’est un système formé d’hypothèses qui
tente de donner une cohérence à des principes établis, d’ordre philosophique ou
mathématique. En d’autres termes, une théorie ne définit pas des règles et des
lois immuables dans le réel. Le dogme scientifique contemporain s’appuie en
effet sur des théories complexes qui ne se démontrent pas en dehors d’un
langage mathématique où les équations sont légion. Et comme ces dernières
tendent à s’alimenter, à s’intriquer et à se refléter mutuellement en cercle
fermé, cette architecture linguistique est propice aux abstractions les plus
folles. Les lignes d’équations sont certes impressionnantes pour le commun des
mortels, mais, comme le soulignait René Guénon (1886-1951), elles s’éloignent
de la réalité sensible qu’elles prétendent expliquer.
Au fur et à mesure du «
progrès », ces équations forment, par la force des choses, un corps artificiel
sur lequel les scientifiques continuent de bâtir leurs travaux, sans jamais
remettre en cause la solidité effective de leurs fondations. La science théorique
se compare alors à une tour de Pise dont le corps se maintient admirablement,
mais qui menace de s’écrouler sous le poids de la somme de ses aberrations à
chaque nouvelle avancée. Et, aussi surprenant que cela puisse paraître, ce
constat explicite échappe pourtant aux acteurs de la communauté scientifique.
Actuellement, l’exemple le plus révélateur pour confronter la complexité
synthétique des mathématiques à la rationalité de l’environnement biologique
est, sans aucun doute, la théorie des cordes. Face à ces non-sens, une question
se pose alors : pourquoi continue-t-on à dépenser autant de temps, d’énergie et
d’argent à l’étude d’espaces qui n’ont aucune réciprocité avec la métrologie de
la vie terrestre ?
Avant de s’intéresser aux
domaines invisibles à l’œil nu, qu’il s’agisse de l’infiniment grand avec
l’astrophysique ou de l’infiniment petit avec la physique des particules,
peut-être que le « gratin » scientifique gagnerait en authenticité s’il
s’attardait davantage à réfléchir aux manifestations des lois de la nature avec
le sérieux qu’on leur doit. Il est paradoxal qu’à l’aube du XXIème
siècle, la physionomie de la vie demeure une énigme des plus tenaces au sein
d’une communauté qui se vante de connaître les prémices de notre cosmos et d’en
repousser sans cesse les limites. Peut-être devrait-elle redescendre d’un ton
et s’occuper davantage de l’essentiel : les causes – ou la cause ? – de la vie
mériteraient beaucoup plus d’attention que ses effets. En voulant nous
impressionner avec des abstractions conceptuelles qui ne reposent, dans
l’absolu, sur rien de concret, les « prestidigitateurs » des universités
masquent leur incompétence et leurs lacunes sur les principes élémentaires de
la réalité observable, en subjuguant leur auditoire – leurs élèves comme les
amateurs de science-fiction – avec une poudre aux yeux assurément fascinante.
Le jour où les
universitaires prendront leurs distances avec une science théorique qui ne mène
nulle part, peut-être que les grandes énigmes de la nature seront enfin
reconsidérées dans leurs amphithéâtres. Quand ce jour arrivera, la science sera
de nouveau en symbiose avec les fondamentaux de la physique universelle. Nous
pourrions commencer, par exemple, à nous intéresser à l’influence du
rayonnement lunaire sur la croissance perpendiculaire d’un végétal, ou encore à
la relation polarisée et analogique entre les bronches d’un poumon et les
branches d’un arbre : le premier est à l’abri de la lumière solaire, il inspire
de l’oxygène et expire du dioxyde de carbone ; le second absorbe du dioxyde de
carbone et rejette de l’oxygène sous l’influence directe du Soleil.
Au
début du XXème siècle, Nikola Tesla (1856-1943) – le visionnaire de
la physique invisible – nous avait déjà avertis des dérives mystificatrices
qu’il percevait dans la science théorique, incarnée à son époque par Albert
Einstein. Dans le journal américain The New York Times, en 1931, il
déclarait : « Le travail de relativité d’Einstein est un magnifique
déguisement mathématique qui fascine, éblouit et rend les gens aveugles aux
erreurs sous-jacentes. La théorie est comme un mendiant vêtu de violet que les
ignorants prennent pour un roi... Ses représentants sont des hommes brillants,
mais ce sont des métaphysiciens plutôt que des scientifiques. »
En
effet, le cas d’Albert Einstein (1879-1955) est plus que symptomatique du
marasme intellectuel dans lequel nous baignons. En « empruntant » les grandes
lignes de sa théorie de la relativité générale au physicien français Henri
Poincaré (1854-1912), nous prenons très peu de risques en affirmant que la
renommée de cette icône transgénérationnelle de la science relève davantage de
l’ingénierie sociale que du génie authentique. Avoir un spoliateur pour
référence adulée est un signe des temps on ne peut plus révélateur du niveau de
respectabilité que méritent ces institutions.
Les
mensonges ne se limitent pas à l’honnêteté et à la moralité des piliers de
notre société ; ils touchent aussi la technologie que nous employons au
quotidien. À l’heure où les ondes électromagnétiques connectent tous les
habitants de la Terre, l’anachronisme entre l’ingénierie d’un téléphone
portable et celle du moteur à explosion, dont la technologie de base est
vieille d’environ cent soixante-dix ans, est plus que risible. Cela soulève une
question à méditer en toute sincérité : les travaux « scientifiques » portés au
firmament par le système sont-ils les seuls qui ne menacent pas son hégémonie
et la pérennité de son modèle économique ? La question mérite, pour le moins,
d’être creusée…
Prenez
donc garde : si vous voulez obtenir le diplôme d’une université prestigieuse et
faire carrière, il est préférable d’éviter certains sujets. Diriger vos
recherches en dehors du cadre imposé par le conformisme régalien, surtout
lorsqu’elles s’attaquent aux théories des dieux indétrônables du panthéon
scientifique, est une erreur à ne pas commettre. Malgré les impasses
manifestes, il est aujourd’hui impensable de remettre en cause les croyances
structurelles de l’« Église scientifique ». Refuser de
se prosterner devant ses idoles signerait votre excommunication, ainsi que la
perte de votre crédibilité et de votre respectabilité.
Comme
je n’ai rien à perdre, à gagner ou même à prouver, il m’est plus facile de
mettre en lumière la frivolité de la physique « extraterrestre » concernant le
premier intérêt de cette étude : les révolutions des astres au-dessus de nos
têtes. Bien que les astrophysiciens soient toujours à des années-lumière de
mettre en évidence la mécanique sous-jacente à ces révolutions, ils
s’obstinent, ancrés dans le dogme de leur éducation, à vouloir démontrer ce
phénomène par la loi universelle de la gravitation d’Isaac Newton (1642-1726).
L’équation de cette théorie permet certes de quantifier les paramètres de la
chute d’un objet sur Terre et donne une solution mathématique pour expliquer
l’équilibre entre deux corps célestes, mais elle ne précise absolument pas la
cause de leur déplacement, qui est, de surcroît, régulier. Depuis que l’ancien
président de la Royal Society s’est prononcé sur la loi de la gravité,
aucun membre de l’establishment ne cherche à s’étendre, avec le sérieux
qu’exigerait la méthode scientifique, sur la cause de la force de rotation
(vectorisée par f dans l’illustration ci-dessous, où la course orbitale de la
Lune autour du centre de la Terre est prise comme exemple). Cette force, pour
reprendre la nomenclature courante, n’est jamais prise en compte : c’est
précisément là que le bât blesse.
Si
aucun élément de réponse sur l’origine de la force f ne peut être formulé, la
gravité ne peut être validée telle qu’elle est présentée par la cosmologie
contemporaine. Ajoutons à cela qu’aucun appareil ne peut la détecter et
qu’aucun scientifique ne peut reproduire son champ en laboratoire. De toutes
les interactions fondamentales, et parce qu’elle échappe le plus à notre
compréhension, cette soi-disant force de cohésion demeure l’un des mystères les
plus épais de la physique actuelle. En conséquence, il ne faut pas craindre de
reconnaître que le manque de rigueur scientifique entourant ce concept n’est
guère rassurant sur la qualité de l’expertise et fragilise les piliers sur
lesquels sa réputation repose. Malgré tout, des spéculations, toujours plus invraisemblables
les unes que les autres, continuent de se faire valoir sur la scène
scientifique. Mais en vérité, entre la théorie de la courbure de l’espace-temps
et les hypothétiques particules subatomiques du monde quantique appelées «
gravitons », nous n’avons pas avancé d’un iota. Pourquoi ? Simplement parce que
l’origine de ce phénomène naturel demeure insondable pour la science de nos
pairs. Les physiciens se contentent toujours d’expliquer que la cinétique des
corps célestes est la réminiscence d’une hypothétique explosion à l’origine de
notre univers – le fumeux « Big Bang » – présenté au monde par le jésuite
Georges Lemaître (1894-1966) au début du XXème siècle.
La
gravité newtonienne pose un autre problème : celui de l’unification entre la
mécanique quantique et la théorie de la relativité générale. D’après Carlo
Rovelli, ce n’est qu’en retirant la notion de gravité des équations qu’il
devient possible de parvenir à cette unification. Il faut donc reconnaître que
la physique théorique se heurte, une fois de plus, aux limites de ses propres
extravagances.
Une
fois accepté le fait que certaines théories sont actuellement enseignées comme
des vérités, il est plus simple d’admettre que la science a perdu le cœur de sa
beauté intrinsèque. Les heures glorieuses qui firent sa réputation sont
désormais derrière elle, et les flambeaux qui la distinguaient de la religion
diffusent dorénavant une lumière plus que faiblarde. Richard Feynman
(1918-1988), prix Nobel de physique en 1965 pour ses travaux sur le
développement de l’électrodynamique quantique, n’avait aucun problème à avouer
que : « La science est la croyance en l’ignorance des experts. »
Même
si le modèle standard de l’astrophysique semble s’en satisfaire, notre
appréhension de l’univers demeure juvénile, incorrecte et cousue de fil blanc.
Le genre humain ne pourra jamais s’émanciper de son âge de pierre cosmique si
nous nous acharnons à construire, toujours plus haut, sur les fondations d’une
« science » qui a démontré ses limites et qui relève davantage de la théorie
fantastique que du théorème empirique. C’est un fait : la science a sombré dans
des systèmes doctrinaux dont elle a du mal à se défaire. Les garde-fous
universitaires, auréolés d’une vanité affichée, ne manquent jamais l’occasion
de ridiculiser tout ce qui n’est pas issu de leur champ des possibles. Une
telle mentalité ne pourra jamais initier le changement de paradigme dont le
monde scientifique a besoin pour évoluer. Le jour où notre approche fusionnera
avec les principes à la source de la création, peut-être la nature nous
révélera-t-elle de nouveau les engrenages utilisés par le Régisseur de cette
magistrale horloge.
•••••
En dépit de ce consensus, aussi agaçant soit-il, il
ne faudrait surtout pas tomber dans l’extrémisme et rejeter toutes les théories
d’un revers de main ; car, lorsqu’elles émanent non plus des seules
mathématiques, mais de l’intelligence pure, certaines sont dignes d’intérêt.
Nous pensons particulièrement aux notions quelque peu obscures d’énergie noire
et de matière noire, qui ont mis en ébullition la communauté scientifique à la
suite des observations d’Edwin Hubble en 1929. Depuis, beaucoup d’astrophysiciens
estiment que l’expansion de notre univers serait liée à un phénomène dynamique,
invisible et intrinsèque à l’espace.
Considéré
comme vide à 96 %, cet espace ne le serait en fait nullement ; il serait rempli
d’une essence énergétique, indescriptible dans notre monde tangible, qui
interagirait néanmoins avec lui. Le vide serait donc saturé d’une essence
cinétique, plus ou moins dense, que personne ne peut, pour l’instant,
expliquer, mesurer ou reproduire. Il n’est dès lors pas impossible que,
derrière le monde accessible aux sens, se cache un continuum dont nous ignorons
totalement l’existence. Et ce n’est pas David Bohm (1917-1992), l’un des pères
de la physique quantique, qui nous contredirait, puisqu’il déclara : «
L’espace n’est pas vide, il est plein. L’univers n’est pas séparé de cette mer cosmique
d’énergie. »
Au
regard de la cosmologie universitaire, plusieurs questions fondamentales sur la
mécanique céleste demeurent sans réponse. Voici, selon moi, les plus
pertinentes :
·
Qu’est-ce qui pousse la
Terre à tourner sur elle-même ?
·
Qu’est-ce qui pousse la
Terre à graviter autour du Soleil ?
·
Qu’est-ce qui pousse le
système solaire à tourner autour du centre de la galaxie ?
·
Pourquoi les planètes
gravitent-elles autour du Soleil sur un plan commun ?
·
Pourquoi les planètes
tournent-elles sur elles-mêmes ?
·
Pourquoi peut-on prédire
le mouvement et la position des astres avec une si grande précision dans le
temps ?
·
Pourquoi la Terre, le
Soleil, la Lune et toutes les planètes ont-ils tous la forme d’une sphère ?
·
Suivant le principe
d’action-réaction, quel type d’énergie est consommé par le mouvement des astres
?
·
Est-il possible que le
mouvement circulaire de nos astres soit une réaction à l’action de cette
mystérieuse énergie noire ?
·
Les mystères entourant
la mécanique de la gravitation universelle ne seraient-ils pas les effets
observables d’une cause invisible, nichée au sein de l’énergie noire ?
Je
pense que les réponses se trouvent au cœur de cette abstraction du monde
matériel que l’on nomme « énergie noire ». Mais, sachant que cet espace est
invisible, inconnu et inexploré, comment pouvons-nous en franchir les portes et
l’appréhender ? Si la science moderne a bel et bien atteint ses limites, vers
quoi nous tourner ?
•••••
À
l’âge de 30 ans, je mis la main sur un ouvrage intitulé Le
Mystère des Cathédrales et l’Interprétation ésotérique des symboles hermétiques
du grand œuvre, écrit par Fulcanelli, le célèbre adepte français. Ce livre,
classique et incontournable en matière d’alchimie, fut l’étincelle qui mit le
feu aux poudres de mes recherches, car il offre des clés précieuses pour
déverrouiller les portes du royaume métaphysique de l’énergie noire.
Cependant,
l’accès à ces clés était dissimulé derrière l’écran de fumée artistique d’un
langage « imagé », cryptographique et cabalistique. Malgré mon impuissance à
fixer le parfum de ce langage, l’essence mystérieuse de cet Art embauma mon
esprit dès les premiers paragraphes écrits par le maître. Cette vibration ne
m’était pas étrangère ; son arôme résonnait déjà de manière significative,
naturellement, intuitivement, en mon for intérieur depuis ma plus tendre
enfance. J’étais alors loin d’imaginer que cet axiome linguistique – la cabale –
existait réellement en dehors de mon jardin secret. Afin que vous compreniez de
quoi il s’agit, voici l’une des meilleures définitions de la cabale (du latin cabbalus) : « C’est une langue d’espèce
hiéroglyphique, jouant sur tous les registres de l’expression : images, mots,
lettres, nombres, sons, couleurs, formes, poids, etc. Ainsi que sur des
conventions secrètes, dont la métaphore et les rébus emblématiques sont le type
le plus répandu. Elle n’a pas de forme propre ou particulière, et ne dépend que
de la culture et de l’imagination de ceux qui la mettent en œuvre. »
Aujourd’hui, malheureusement, la seule « kabbale »
connue de la culture occidentale – atrophiée par la maçonnerie spéculative – est apparue dans la tradition rabbinique au
XIIIème siècle en
Espagne avec le Zohar, ou « Livre des splendeurs ». Contrairement au
consensus prosélyte, que l’on écrive « kabbale », « kabbalah
» ou même « qabbalah » – dans le but de servir une mystification
plus efficace –, ce n’est pas
un courant original, isolé et prépondérant, mais le simple reflet donné par la
mystique juive à une tradition qui l’a précédée. D’ailleurs, le mot « kabbale »
n’est pas d’origine hébraïque, puisqu’il tire son étymologie du grec kabbalès. C’est pourquoi, afin d’éviter le piège des
homophonies, de ne pas promouvoir les inepties de la culture populaire et
d’affirmer l’universalité de son affiliation, les savants préfèrent employer le
terme de « cabale hermétique » (en l’honneur de la figure mythique d’Hermès).
Dans
tous les cas, que ce soit cabbalus en latin ou
kabbalès en grec, ces termes désignent tous
deux l’animal emblématique de la connaissance depuis la plus haute Antiquité :
le cheval. De ce fait, la relation sémantique entre « cabaliste » et « cavalier
» devient on ne peut plus évidente, cohérente et justifiée au regard des contes
initiatiques, bien souvent chevaleresques, comme ceux écrits par Chrétien de
Troyes depuis les premières croisades et la découverte du folklore oriental. En
effet, du haut des sympathies astronomiques que nous partageons ici-bas, comment
ne pas contempler l’histoire des chevaliers de la Table ronde, du roi Arthur et
de la quête du Saint Graal – le calice des calices – sous un angle autre que le
prisme hermétique ? Ce n’est pas un hasard (« hasard » est un terme d’origine
perse qui se traduit par « la main de Dieu ») si la journée du héros, toujours
incarnée par les aventures d’un preux cavalier (l’expression du Donum Dei), est si emblématique d’une
tradition qui remonte à la nuit des temps : la monture de Pégase se chevauchait
déjà sous le dôme étoilé des castes sacerdotales chaldéo-égyptiennes.
Afin
de comprendre comment l’esprit de la cabale hermétique s’articule, prenons un
exemple littéraire avec le mot «
occulte » (ce choix n’est pas anodin, puisqu’il permettra d’éloigner
de votre pensée l’association que la culture vulgaire en fait avec les
pratiques démoniaques). La structure de ce mot se décompose en « o », « c » et « culte ». Pour
un hermétiste, le « o » est le
signe hiéroglyphique du Soleil et « c
», dans sa courbure, celui de la Lune ; en conséquence, « occulte » met l’accent sur le culte
voué à ces deux luminaires. D’un point
de vue opératif, cette lecture résonne avec la définition donnée par le
dictionnaire Larousse : « Qui agit, ou qui est fait de façon secrète, dont les buts restent
inconnus, cachés : une influence occulte ».
Avant
que l’universalité de la cabale hermétique ne soit fourvoyée par la
kabbale, et que l’École des Beaux-Arts ne feigne l’amnésie, tous les Artistes
(dignes de cette majuscule) s’en sont servis dans leurs œuvres pour parfaire le
beau sous ses meilleurs arcanes jusqu’à la fin du XIXème siècle.
Lorsque je pris pleinement conscience que ces esthètes se servaient de leur
création comme un canevas initiatique, mes pieds ne touchèrent plus le sol
pendant quelques jours. Cette épiphanie frisa l’illumination.
En
effet, la portée d’une telle pratique dans ma relation avec l’Art, aussi bien dans
l’interprétation du concept que dans l’exégèse de la culture en général, fut
une révélation sans précédent dans ma vie, car jamais je n’aurais pu imaginer
que ma prédisposition naturelle à trouver des analogies entre des choses qui, a
priori, n’en avaient aucune, se révélerait un jour être un de mes meilleurs
atouts dans ma quête de l’absolu. Ce que j’avais toujours pris pour une
malédiction – une pathologie psychologique – m’apparaissait désormais comme un
don qu’il fallait exploiter. Un signe venait de m’être envoyé, et je pris son
message avec la plus haute considération : l’Hermétisme m’habitait.
Les
facéties qui entourent la destinée sont décidément plus que romantiques,
puisque cette tradition ancestrale avait la potentialité d’être une source d’inspiration
intarissable et de canaliser mes élucubrations les plus métaphysiques. Je sus
alors, sans l’ombre d’un doute, que les portes du mystérieux royaume de l’invisible
n’étaient plus à jamais scellées.
À l’aube
de mes 33 ans, depuis le monde sublunaire, je me suis orienté vers le Soleil
levant.
•••••
Avant
de poursuivre, il me semble important d’ouvrir une brève parenthèse dans le but
d’expliquer pourquoi la philosophie hermétique et ses applications opératives –
l’alchimie, la magie et l’astrologie – ne sont plus respectées et valorisées
comme elles le furent par la science de nos anciens.
Assurément,
la simple évocation de l’une d’elles suffit à déclencher les ricanements de nos
contemporains. Cette mentalité, aussi méprisante soit-elle, fut chapeautée par
un courant de pensée né au XVIIIème siècle, qui osa détourner, sans
aucune pudeur, le sens et l’utilisation du mot « philosophie ». Soyons très clairs sur ce sujet, la philosophie
authentique n’a rien en commun avec la « philosophie » du Siècle des Lumières ;
les spéculations sociologiques, humanistes et naturalistes de celle-ci n’ont
jamais été les centres d’intérêt des philosophes de l’Antiquité tels que
Zarathoustra (environ VIème av. J.-C.), Aristote (384-322 av. J.-C.)
ou Confucius (551-479 av. J.-C.). Contrairement aux rédacteurs de l’Encyclopédie
et de leurs consorts germaniques, les vrais philosophes étaient animés par
une sincère quête de spiritualité, de sagesse et de vérité.
Du
reste, pourquoi ne pas avoir appelé leur courant intellectuel « la philosophie de la lumière » au lieu de « la philosophie des Lumières » ? Mettre le mot «
lumière » au pluriel marque une intention diabolique de fragmenter ce
qui ne peut pas l’être. Par cette manipulation, a priori anodine, la
vérité n’existe plus en tant que telle, mais devient faussement multiple et à
géométrie variable selon l’orientation de chacun. Alors, ne nous laissons
surtout pas aveugler par les tartuferies mondaines d’une certaine bourgeoisie
de salon en ne perdant pas de vue que l’authentique définition de la philosophie
est, dans son excellence étymologique, « l’amour de la sagesse ». Pythagore
(VIème siècle av. J.-C.) précisait : « Je suis philosophe, non pas quelqu’un qui prétend posséder la
sagesse, mais un homme qui s’efforce vers elle. » Attribuer aux mots une
architecture revisitée, afin de détourner la puissance de leurs égrégores et de
détruire l’héritage traditionnel de notre passé, fait partie des perversités
qui ont été utilisées et financées par une “élite” dominatrice dans l’objectif
de défendre et sécuriser la pérennité de leur pouvoir.
Sous
l’impulsion révolutionnaire du Siècle des Lumières, imputée à tort au peuple
par nos livres d’histoire, la société entra dans un obscurantisme effréné et
mortifère. Tout ce qui était rattaché aux croyances de la culture précédente
devait disparaître, s’effacer, s’oublier, et comme un symbole, nos majestueuses
cathédrales furent saccagées.
La
mentalité jacobine, parachevée par des initiations fallacieuses où des
arrivistes en tout genre se sont engouffrés, a porté le coup de grâce à l'idée
sacrée en imposant celle, abjecte, que l’homme pouvait désormais être considéré
comme l’égal de Dieu. Ce genre de doctrine constitue un blasphème au regard du
chapitre 6, verset 19, de la première épître aux Corinthiens (livre du Nouveau
Testament), écrite par l’apôtre Paul : « Ne savez-vous pas que votre corps
est le temple du Saint-Esprit qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et
que vous ne vous appartenez point à vous-mêmes ? » Dès lors, l’enseignement
gnostique de la transcendance divine n’avait plus sa place dans le temple.
L’opératif fut ainsi sournoisement remplacé par le spéculatif : pourquoi
s’évertuer à regarder le ciel et son planisphère étoilé, puisqu’aux yeux de ces
marchands, qui n’ont jamais vraiment quitté le temple, il n’existe plus de
vérité en dehors de celle de l’œil qui voit tout ?
Depuis
l’avènement de l’illuminisme matérialiste, naturaliste et nominaliste, tout ce
qui ne peut être démontré, qualifié ou mesuré a cessé d’exister. À l’instar de
saint Thomas, la science des encyclopédistes ne croit désormais qu’en ce
qu’elle voit, et les doctrines hermétiques furent définitivement reléguées au
rang de superstitions. Ayons le courage de nommer les choses : ce rationalisme
triomphant est à l’origine de l’immobilisme et du conformisme qui paralysent la
communauté scientifique d’aujourd’hui. René Guénon (1886-1951) le soulignait
avec justesse : « Le rationalisme se définit essentiellement par la croyance
à la suprématie de la raison, proclamée comme véritable dogme, impliquant la
négation de l’intuition intellectuelle pure, ce qui entraîne logiquement
l’exclusion de toute connaissance métaphysique véritable. »
Parenthèse
fermée, revenons à une approche plus verticale de nos considérations.
•••••
Depuis
que les sociétés n’ont d’initiatiques que le nom, le seul moyen de trouver la
grâce tant recherchée est de suivre, en toute indépendance, une voie
personnelle. Pour ce faire, il est essentiel d’étudier les mystères de la
philosophie hermétique à travers ses textes.
Pour
un occultiste, ce travail n’est pas une mince affaire, car cette littérature
regorge de faux-semblants. Si vous ignoriez que les initiés voilaient toujours
leurs écrits à l’aide de la cabale hermétique afin d’éloigner les envieux,
leurs grimoires ne vous seraient d’aucune utilité. Beaucoup d’aspirants furent
ainsi mal inspirés. Michel Sendivogius, le célèbre alchimiste du XVIIème
siècle, plus connu sous le nom du Cosmopolite, nous avertissait déjà : « Si
Hermès, le père des Philosophes, ressuscitait aujourd’hui, avec le subtil Géber et le profond Raymond Lulle, ils ne seraient pas
regardés comme des philosophes par nos chymistes
vulgaires, qui ne daigneraient presque pas les mettre au nombre de leurs
disciples, parce qu’ils ignoreraient la manière de s’y prendre pour procéder à
toutes ces distillations, ces circulations, ces calcinations et toutes ces
opérations innombrables que nos chymistes vulgaires
ont inventées pour avoir mal entendu les écrits allégoriques de ces
Philosophes. »
À
cela, il faut ajouter qu’après le tsunami de l’illuminisme, entre le XVIIIème
et le XIXème siècle, les faux prophètes se sont permis, afin de
subjuguer leur auditoire, « d’enrichir » l’héritage d’Hermès de textes tout
droit sortis de leur imagination. Sachant qu’il faut contourner ces
supercheries, l’essentiel de notre exégèse doit donc se concentrer sur les
textes de la tradition orientale, traduits en grec vraisemblablement depuis les
conquêtes d’Alexandre le Grand, au IVème siècle avant l’ère
chrétienne.
Lorsque
le Macédonien s’empara de l’Égypte et y installa l’un de ses généraux comme
nouveau pharaon, l’horizon de cette terre ancestrale fut ravivé par la lumière
flamboyante d’un nouveau phare. Si, la plupart du temps, l’annexion d’une terre
sonne le glas de la culture locale, ce ne fut pas le cas avec la lignée des
pharaons ptolémaïques. Plutôt que de détruire pour imposer leur vision, les
nouveaux législateurs reconstruisirent le pays pour lui redonner sa splendeur
d’antan. Sous l’impulsion de la philosophie aristotélicienne, la culture
gréco-hellénistique se mêla aux enseignements multimillénaires des écoles de
mystères égyptiennes et du monde mésopotamien. Qu’il vienne de sages perses,
comme Zarathoustra (dont le nom signifie « l’étoile d’or » ou « la splendeur du
Soleil »), ou de la caste sacerdotale officiant dans les temples situés sur les
rivages du Nil, l’enseignement initiatique reçu par les Grecs n’était certes
pas nouveau ; il est souvent rappelé que Thalès de Milet (625-585 av. J.-C.),
Pythagore (570-495 av. J.-C.) et Platon (428-347 av. J.-C.) en avaient déjà
largement profité de leur temps. La ville d’Alexandrie, baptisée du nom de son
conquérant, devint alors un lieu de rencontre et d’échange très prisé par tous
les experts du bassin méditerranéen en matière d’hermétisme et d’occultisme.
Dans ce prodigieux foyer d’érudits, de savants et de mages, la gnose (gnosis se traduit du grec par « la connaissance » et
procède du désir de connaître Dieu et ses secrets) fut incroyablement
fructueuse. Malheureusement pour le salut de l’humanité, la plupart des
manuscrits produits durant cette effervescence semblent avoir péri dans les
flammes de la mémorable bibliothèque. Cette ultime barbarie contre l’héritage
de nos pairs ne fut pas seulement le témoin d’un changement de mentalité : elle
marqua au fer rouge l’entrée de notre civilisation sous le joug temporel de
l’Empire romain pour les millénaires à venir.
Même
si, aujourd’hui, la puissance de Rome n’est plus aussi manifeste, soyez certain
que son influence a traversé les âges : après avoir conquis les terres par
l’épée, l’Église catholique – héritière directe de l’Empire – s’est emparée des
âmes par le crucifix.
Fort
heureusement pour la tradition, 17 manuscrits issus de la philosophie
égyptienne de l’ère ptolémaïque refirent surface grâce aux traductions de
Marsile Ficin (1433-1499), l’inévitable sommité de la Renaissance italienne.
Rassemblés sous l’appellation de Corpus Hermeticum,
ces textes sont considérés comme les fondements de l’hermétisme ; sur la voie
des sages, leur philosophie rayonnante agit comme un prisme naturel et
décompose la lumière de la révélation divine dans les thématiques suivantes :
· L’ordre du cosmos
· L’unité (omniscience, omnipotence et omniprésence de
l’Éternel)
· Le Soleil
· Le démiurge
· La cohésion des sphères
· La fusion des contraires et la polarité
· Le visible et l’invisible
· La vérité et l’illusion de notre réalité
· La création à travers la mise en mouvement circulaire de
l’unité
· Le noos et la volonté
créatrice
· Le temps, l’espace et la matière
· Le corps, l’âme et l’esprit
· Le bon, le beau, le bien et le juste
· Les vices et les vertus
· La création comme un Art et la notion d’harmonie
· L’Ogdoade
· L’intelligence et sa relation à l’homme-dieu
· Le rapport 12/10
(ou 6/5)
· Le zodiaque et l’astrologie
À
l’évidence, l’évocation de l’astrologie dans cette liste peut surprendre ;
pourtant, sachez que, malgré le sort qui lui est aujourd’hui réservé, les
mages-initiés de l’Antiquité en ont toujours fait la pierre angulaire de toutes
leurs sciences. Avec la magie et l’alchimie, cet ésotérisme rassemble, sous le
vocable de « théurgie », les 3
voies opératives de la philosophie hermétique. Elles forment un tout harmonieux
et indissociable. Il est dès lors peu probable qu’un alchimiste puisse se
définir comme tel sans avoir été initié aux magistères des deux autres
disciplines.
L’importance
de cette trinité fut très bien comprise des Grecs, puisqu’elle est suggérée
dans le nom du dieu associé au père des philosophes : le bien nommé Hermès
Trismégiste. En effet, au-delà de la traduction communément admise de «
Trismégiste » par « le 3 fois
très grand », on peut tout à fait, par le biais de la phonétique, soumettre à
l'hypothèse un autre niveau de lecture : « les 3 magistères ». Cette interprétation fait écho aux 3 règnes (minéral, végétal et
animal), aux 3
plans de l’existence (matériel, spirituel et divin), aux 3 couches ontologiques (corps, âme et esprit), ou encore
aux 3 principes alchimiques
(sel, soufre et mercure).
Même
si la doctrine trinitaire de l’unité a traversé le temps via le Panthéon du
monde grec, son origine historique est bel et bien égyptienne. La splendeur de
ce testament se retrouve sur le plateau de Gizeh, où les 3 pyramides rappellent à l’intellect du contemplateur que
la trinité divine est atemporelle, immortelle et indestructible. Comment ne pas
être subjugué devant la majesté, la grandeur et le génie de la civilisation qui
les a bâties ? Les propriétés géométriques, astronomiques et énergétiques implicites
à ces volumes révèlent aux yeux de tous – mais surtout à ceux qui savent voir
au-delà des apparences – la beauté d’une pensée que la nôtre n’a jamais égalée.
Venu
de la nuit des temps, l’héritage de cette intelligence se personnifie également
dans les attributs du messager des dieux égyptiens, Djéhuty-Thot
(la tradition s’est toujours plu à l’identifier à Hermès Trismégiste). La plume
du regretté Jean Phaure (1928-2002) décrivait ainsi Djéhuty-Thot : « Il est
le scribe de l’Ennéade divine, le pinceau avec lequel écrit le dieu de
l’univers, le créateur des langues, le grand magicien des sphères qui préside à
la création originelle pour appeler le monde à l’existence par la parole, aux
côtés de Ptah. Il est surtout celui qui préside à l’ordre du monde, le grand
calculateur, le maître des cycles du temps. »
Il
est important de préciser que, dans la théogonie égyptienne, Djéhuty-Thot n’était pas considéré comme un dieu au sens
propre, mais plutôt comme un neter (très
proche phonétiquement de « nature ») ; c'est-à-dire la représentation
anthropomorphique d’une Force, une action de l’immanence divine dans le monde
manifesté, une sorte d’hypostase ou un æon, comme aimaient à le définir les gnostiques. Il serait
difficile d’être plus généreux qu’en vous offrant la clé qui ouvre l’accès aux 12 versets de la Table d’Émeraude (Tabula Smaragdina en latin ou Lawḥ
al-zumurrudh en arabe), sur laquelle tout le
firmament de la philosophie hermétique est synthétisé. Tous les occultistes
versés dans l’histoire des religions se sont pris de passion pour ces lignes
gravées sur une émeraude. Selon leur culture et leur époque, les plus érudits
d’entre eux ont produit une kyrielle de traductions, plus ou moins fidèles à la
plus ancienne version répertoriée, écrite en arabe au IXème siècle :
l’appendice du Livre du secret de la création (Kitâb
sirr al-Halîka). Du
point de vue de la tradition, cette filiation arabisante n’est pas dénuée de
sens, puisque les conquérants arabes délogèrent les Byzantins d’Alexandrie au
VIIème siècle et devinrent, par la force des choses, les vecteurs
actifs de la transmission initiatique.
Personnellement,
je préfère la traduction faite au XIVème siècle par Hortulain à partir de la Vulgate écrite en latin :
I. Tout ce qui est en bas, est ce qui est en haut : et ce
qui est en haut, est ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule
chose.
II. Et comme toutes choses ont été, & sont venues d’un,
par la médiation d’un : ainsi toutes les chose ont été nées de cette
chose unique, par adaptation.
III. Le Soleil en est le père, la Lune est sa mère, le vent la
portée dans son ventre ; la terre est sa nourrice.
IV. Le père de tout le Telesme
de tout le monde est ici. Sa Force ou puissance est entière,
V. Si elle est convertie en Terre.
VI. Tu sépareras la terre du Feu, le subtil de l’épais
doucement, avec grande industrie.
VII. Il monte de la terre au ciel, & derechef il descend
en terre, & il reçoit la Force des choses supérieures &
inférieures.
VIII.
Tu auras par ce moyen la
gloire de tout le monde ; & pour cela toute obscurité s’enfuira de toi.
IX. C’est la Force forte de toute force : car elle
vaincra toute chose subtile, & pénétrera toute chose solide.
X. Ainsi le monde a été créé.
XI. De ceci seront & sortiront d’admirables adaptations,
desquelles le moyen est ici.
XII. C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès-Trismégiste, ayant
les 3 parties de la Philosophie de tout le monde. Ce que j’ai
dit de l’opération du Soleil est accompli, & parachevé.
Ces vers trouvent une curieuse résonance avec le prologue
de l’Évangile de saint Jean, cité ci-dessous :
I. Au commencement était le Verbe (le Logos), la
parole de Dieu, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.
II. Il était au commencement auprès de Dieu.
III. Par lui, tout s’est fait, et rien de ce qui s’est fait ne
s’est fait sans lui.
IV. En lui était la vie, et la vie était la Lumière des
hommes ;
V. La Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont par arrêtée.
VI. Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean.
VII. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la
Lumière, afin que tous croient par lui.
VIII.
Cet homme n’était pas la
Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage.
IX. Le Verbe était la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde.
X. Il était dans le monde, lui par qui le monde s’était
fait, mais le monde ne l’a pas reconnu.
Effectivement,
les similitudes entre les deux textes sont plus que frappantes. Par conséquent,
les scribes de l’Église catholique se sont probablement inspirés de la sagesse
contenue dans le souffle des textes hermétiques. Dans la création des « Saintes
Écritures », le recours à des manuscrits antérieurs par les Pères de l’Église
se confirme à deux reprises. D’une part, l’Évangile de Jean ressemble à s’y
méprendre aux écrits gnostiques de Cérinthe, datant du Ier siècle de l’ère
chrétienne. D’autre part, l’Apocalypse (apokalypsis
se traduit du grec par « révélation »), attribuée à saint Jean, est
l’assemblage d’une kyrielle de textes sacrés, comme le Livre d’Hénoch ou le
Livre d’Ézéchiel.
Dans
un sens, la volonté d’incorporer des connaissances ancestrales au message de
l’apôtre favori du Christ (toujours accoutré d’un manteau vert dans
l’iconographie) indique que le catholicisme s’est façonné sur des doctrines
préexistantes. En outre, n’oublions pas qu’avant l’invention de l’imprimerie au
XVème siècle, falsifier un manuscrit était un jeu d’enfant ; les
assoiffés de suprématie religieuse pratiquèrent cet art avec le succès que l’on
connaît. Par exemple, en ce qui concerne l’Ancien Testament, les exégètes
savent que les Dix Commandements, supposément délivrés à Moïse par Dieu sur le
mont Sinaï, ne sont qu’une reprise du chapitre 125 du Livre des Morts
égyptien. Que cela plaise ou non, la théologie hébraïque, tout comme la
théologie chrétienne, n’est qu’une déclinaison des préceptes gnostiques du neter à l’unique œil vert : Horus, le porteur de
lumière égyptien. Rien de nouveau sous le Soleil ; les Égyptiens avaient
eux-mêmes recyclé un savoir antérieur. C’est pourquoi les textes bibliques, le
Pentateuque et les Évangiles canoniques ne pourront jamais être considérés
comme des vérités historiques ou des références théologiques indiscutables.
Malgré
tout, même altérée, la littérature sacrée recèle encore bien des trésors
initiatiques sur lesquels il serait bon de se pencher, car le syncrétisme
théosophique, que l’on retrouve dans tous les textes d’une culture ou d’une
civilisation, suggère irrémédiablement une origine commune, une sorte de «
tradition primordiale », comme aimait à le définir René Guénon (1886-1951).
Ceci
dit, revenons aux vers de la Table d’Émeraude.
•••••
Dans ces vers, ce qui frappe de prime abord notre
attention est le principe totalement novateur selon lequel une Force – le «
Verbe » dans le prologue de saint Jean – serait liée à la création du monde, à
l’action du Soleil (symbole de la lumière) et à la médiation de l’Unité. Cette
conception ancestrale de l’origine de la matière est singulièrement proche de
la déclaration que fit Max Planck (1858-1947), prix Nobel de physique en 1919 :
« Toute matière n’existe qu’en vertu d’une force qui fait vibrer les particules
et maintient ce minuscule système solaire de l’atome. Nous devons supposer
derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet
esprit est la matrice de toute matière. » En réalisant que les initiés de
l’Antiquité avaient déjà compris ce que les hommes du XXème siècle
commencent à peine à découvrir, on ne peut qu’être sidéré. Et ne nous y
méprenons pas : c’est bel et bien l’existence de Dieu qui est suggérée par
cette sommité de la communauté scientifique.
La réalité de champs inaccessibles, indescriptibles
et incommensurables ne peut plus être regardée comme un artifice de films de
science-fiction ou comme les divagations de maîtres de sagesse venus d’Orient.
En faisant systématiquement référence aux films de George Lucas (né en 1944)
dès que l’idée d’une Force est mentionnée, la culture de notre génération ne se
doute pas que la description faite par maître Yoda à son jeune apprenti, Luke
Skywalker – pour qui « la Lumière qui marche dans le ciel » est le Soleil – est
en tout point similaire à celle de la tradition des mages : « Mon allié est
la Force et c’est un allié puissant. La vie la crée, la fait croître, son
énergie nous entoure et nous lie. Nous sommes des êtres lumineux, pas de cette
matière brute. Tu dois sentir la Force autour de toi, entre toi, moi, l’arbre,
le rocher, partout. » Maîtriser la Force, c’est accéder, comme vous l’avez
deviné, au rang de chevalier… Après de longs siècles d’ineptie religieuse, la
science adogmatique et la culture populaire peuvent enfin se réconcilier sur le
terrain fertile de la clairvoyance gnostique.
Avant de continuer, il est utile de préciser que
les auteurs de La Guerre des étoiles étaient des artistes érudits. En
effet, « Luke » est issu de la racine latine lucere
et de la racine proto-indo-européenne leuk,
signifiant « lumière », « clarté » ou « énergie radiante », tandis que « Jedi »
est un emprunt phonétique à la première syllabe de…Djéhuty-Thot.
Grâce à ces révélations sur la Force – qui assimile
la création à la volonté d’une conscience intelligente ou d’un démiurge –, les 12 versets de
la Table d’Émeraude guident la conscience de chacun vers la primauté et
l’exactitude de la vision des disciples d’Hermès. Là où nos pairs se limitent à
une science des effets, purement matérielle, nos ancêtres surpassaient déjà le
monde intelligible pour se concentrer directement sur la cause de la
manifestation : spirituelle, en dehors du temps et de l’espace.
Les adeptes de la philosophie hermétique ont toujours
comparé les propriétés de l’essence spirituelle, précédant la matière, à celles
d’un océan, car son « eau » remplit le « vide » (vidyā
se traduisant par « la connaissance » en sanskrit) comme elle le ferait dans
n’importe quel récipient. Cet océan fait écho à la mer cosmique d’énergie noire
à laquelle David Bohm faisait d’ailleurs allusion. Puisque l’homophone de « mer
», « mère », vient du latin mater, nous pouvons tisser des liens
sémantiques intéressants entre « mère », « mer », « mercure » (avatar d’Hermès
Trismégiste chez les Latins), « matière », « matrice » et « Marie » (Marie
étant l’anagramme d’« aimer »)
Si cette matrice invisible est à l’origine de toute
manifestation, l’assomption qu’elle soit vierge coule de source. L’emblème de
la Vierge noire (le noir, en opposition à la synthèse des 6 couleurs du spectre
visible, exprime ici l’absence de lumière), tout comme celui de la Vierge
Marie, devient alors plus explicite sous l’angle de la théosophie, puisque la
Sainte Vierge, la reine mère, la mer divine, est la figuration ordinaire du
mercure des philosophes. Curieusement, l’anagramme d’«
énergie noire » est « reine ignorée », ce qui nous rappelle le verset 1:5 du Cantique des Cantiques, probablement né des amours
entre le roi Salomon et la reine de Saba : « Je suis noire, mais je suis
belle (...) »
Au XIIème siècle, dans son ouvrage Livre
secret traitant de l’art caché et de la Pierre philosophale, l’alchimiste
Artéphius nous présentait l’eau des sages de cette façon : « Ô combien est
précieuse et magnifique cette eau ! Car sans elle, l’œuvre ne pourrait être
parfaite : aussi est-elle nommée le vaisseau de la nature, le ventre, la
matrice, le réceptacle de la teinture, la terre et sa nourrice ; elle est la
fontaine dans laquelle se lavent le roi et la reine, et la mère qu’il faut
mettre et sceller sur le ventre de son enfant, qui est le Soleil. » Commencez-vous
à comprendre comment les cabalistes brouillèrent délibérément les pistes
remontant à l’océan primordial par le maniement d’un champ lexical
volontairement alambiqué, afin de définir une chose unique, qui est, en
l’occurrence, l’unicité de la matière : la materia
prima ?
Dans
le Corpus Hermeticum, le verset 16 de
l’extrait d’un discours entre Hermès et Tat affirme : « Tout ce qui existe
est en mouvement ; le non-être seul est immobile. » L’unité, état
préliminaire à la manifestation divine, pourrait alors être imaginée comme de
l’énergie sous forme d’ondes stationnaires ; lorsque cette énergie est
vectorisée, le tout se met en mouvement pour créer l’espace, le temps et, par
conséquent, la matière. La matrice universelle naîtrait ainsi de la rupture de
l’équilibre spatial de l’unité : cette première impulsion serait la « Force
forte de toutes forces », son Spiritus
Mundi et son Saint-Esprit. C’est le passage de l’Ain Soph à l’Ain Soph Aur dans l’Arbre de
Vie de la Kabbale hébraïque.
Un
cabaliste chevronné décomposerait « saint » en 3 parties : « s », « ain » et «
t ». Le « t » muet, par son tracé en croix, exprime le centre. « Ain » – ou Ayn
en hébreu – désigne le principe précédant la matière, définissant à la fois
l’abîme et la non-existence ; il résonne phonétiquement avec « un », chiffre de
l’unité. Enfin, le « s » est la lettre de la manifestation, car sa forme ondule
comme la représentation graphique d’une pulsation. En d’autres termes, le saint
est une personne dont la signature vibratoire résonne avec la première
impulsion émanant du centre de l’Unité. C’est la raison pour laquelle l’âme
d’un saint – son esprit – demeure toujours au plus près de la résonance divine
et créatrice de l’Éternel.
Les
différents états de la matière pourraient alors se comparer aux barreaux d’une
échelle, où la Force matricielle se cristallise, ou se condense graduellement,
en des formes plus ou moins régulières. Cet état de fait est corroboré par
l’une des plus justes définitions de l’alchimie, celle de Fulcanelli : «
L’alchimie est la permutation de la forme par la lumière, le feu ou l’esprit. »
Même
si, d’après le témoignage d’Irénée Philalèthe (1628-1665),
la transmutation métallique est une réalité, il est important de souligner que
faire de l’or pour s’enrichir n’a jamais été la finalité de l’alchimie. Là
encore, beaucoup se sont fourvoyés en ne comprenant pas les écrits cabalistiques
de nos aînés. Séparer le pur de l’impur, c’est passer d’une matière vile à une
matière rectifiée. Plus les arrangements moléculaires deviennent simples et
ordonnés, plus la matière et la source matricielle tendent graduellement vers
la réunification, vers l’Unité. La matière se purifie dans une révolution
inverse à la chute luciférienne (Lucifer signifie « le porteur de
lumière » en latin ; ce nom apparaît pour la première fois dans la mythologie
grecque, où il désigne le gardien des chevaux du dieu solaire Apollon), d’où le
concept nietzschéen de l’éternel retour. La fameuse immortalité, sur laquelle
les rêveurs fantasment tant, n’est peut-être finalement que la recherche de
l’éternité, de l’immobilité absolue, là où l’Éternel se repose, au plus près de
l’Unité.
Le
royaume de la science des adeptes est donc, par définition, en dehors du temps
et de l’espace. En outre, contrairement à la science moderne qui se préoccupe
exclusivement de la matière, l’alchimie, la magie et l’astrologie se polarisent
directement sur la matrice et les lois invisibles qui l’animent.
· L’astrologie jauge les variations énergétiques du « feu
céleste » en observant les influences des astres et des planètes sur le monde
terrestre.
· L’alchimie représente la manifestation de ce feu dans les
organismes a priori inanimés (les minéraux et les plantes).
· La magie canalise directement ce feu dans le corps de
l’adepte. Celui-ci, en tant que mage dans le sens noble du terme, possède une
maîtrise parfaite du « feu cosmique ». Il parvient à faire transiter cette
force à travers les centres énergétiques (ou chakras) de son corps afin de la
moduler et de la rediriger selon l’usage qu’il souhaite en faire. Si l’amour
divin remplit son cœur, il pratiquera alors la magie blanche, visant à créer
l’harmonie et le bien-être. À l’inverse, s’il se laisse séduire par les ténèbres,
il sombrera dans la magie noire, utilisant cette force pour semer la division
et la destruction.
À
l’horizon de nos réflexions, il apparaît que le principe moteur de toute
existence – la Force sous-jacente à la vie – est généré par une matrice qui
trouve son origine en dehors des frontières de notre réalité. Une déduction que
partageait Niels Bohr (1885-1962), prix Nobel de physique, lorsqu’il déclara en
1922 : « Toutes les choses que nous appelons réelles sont faites de choses
qui ne peuvent pas être considérées comme réelles. »
Dès
lors, si l’esprit matriciel réside en dehors du champ sensible et mesurable,
comment est-il possible de percevoir son essence dans le monde accessible aux
hommes ?
•••••
À mon
sens, si cette Force créatrice est la cause d’effets tangibles, sa signature
doit obligatoirement s’observer dans la nature. Il serait donc possible
d’entrevoir les mécanismes de cette matrice en endossant la mentalité d’un
curieux insatiable, c’est-à-dire en ouvrant grand les yeux. Pour satisfaire
cette volonté, la spécialisation dans un domaine restreint serait une grave
erreur : le philosophe de la nature doit ouvrir le champ des possibles à toutes
les disciplines, de l’astronomie à la minéralogie ; en d’autres termes, à tous
les phénomènes visibles entre le ciel et la terre. L’empreinte de la Force doit
être présente partout, et comme le suggère la Table d’Émeraude, dans
l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit. Le travail consiste à repérer
ses traces, puis à trouver les analogies qui les lient.
C’est
en œuvrant à cette tâche qu’au XIIIème siècle de l’ère chrétienne,
le mathématicien Léonard Fibonacci (v. 1170-1245) remarqua qu’une suite
arithmétique était liée à la génération dans le monde biologique. Dans la
progression de cette suite, chaque nouveau nombre est la somme des deux qui le précèdent,
soit : 0, 1, 1, 2, 3, 5,
8, 13, 21, 34, 55, 89, 144… et
ainsi de suite. Plus les nombres deviennent élevés, plus le rapport entre un
nombre et celui qui le précède tend vers une constante mathématique d’une
valeur de 1,618. Ce rapport de proportion fut défini par le père de la
géométrie grecque, Euclide, comme le partage d’un segment en « extrême et
moyenne raison ». Cette proportion, que l’on retrouve dans la phyllotaxie du
monde végétal, semble être un modèle universel, se répétant invariablement dans
toutes les créatures de Mère Nature.
On
observe ainsi des arrangements spiralés de cette matrice numérique dans les
fleurs, le chou romanesco et la pomme de pin, mais aussi dans la coquille des
nautiles et des gastéropodes. Ces analogies sont stupéfiantes car elles ne se
limitent pas à ces quelques exemples ; elles trouvent un écho universel dans
les 3 règnes du monde vivant : minéral, végétal et animal. La nature fait de la
géométrie automatiquement, sans équerre ni compas. La nature n’a pas besoin de
plan : elle est le plan. Son architecture, surtout lorsqu’elle s’exprime
de manière hélicoïdale (rappelons que « hélicoïdal » et « hélice » partagent la
même racine étymologique qu’Hélios, le dieu solaire des Grecs) et
logarithmique, est tout simplement éblouissante. Je ne comprendrai jamais
pourquoi la plupart d’entre nous restent encore de marbre devant tant de beauté
et d’élégance. N’ont-ils pas d’yeux pour voir ?
Depuis
le XXème siècle et les travaux de Matila Ghyka (1881-1965), le
rapport de proportion égal à 1,618 est communément appelé « nombre d’or ».
Employer cette appellation serait néanmoins une erreur conceptuelle, car une
proportion n’est pas un nombre, mais le rapport entre deux grandeurs dans une
expression arithmétique ou géométrique. Il est donc préférable d’utiliser le
terme de « proportion dorée » plutôt que celui de « nombre d’or ».
L’étymologie
du mot « or » procède des racines aor, aour, aur ou our dans les langues sémitiques, qui se traduisent
toutes par « lumière ». En se remémorant le prologue de l’Évangile selon saint
Jean où il est écrit : « Le Verbe était Dieu (…) Le Verbe était la vraie
lumière », la corrélation entre Dieu, le Verbe, la lumière et la proportion
dorée devient manifeste pour l’un des modes de pensée des mages : le
raisonnement synonymique. Si vous cherchiez une preuve concrète de l’existence
de Dieu, la proportion dorée conférerait à votre argumentation une dimension
factuelle difficile à réfuter. D’autant que le symbole grec de cette
proportion, Φ (phi), définissait chez
les premiers chrétiens « la Force de Dieu », « la volonté » – le Telesme de la Table d’Émeraude – ou le principe de
concentration de l’Esprit dans la matière.
La
signature de Φ se manifeste également
dans l’anatomie humaine. Parmi la multitude d’exemples que nous pourrions
citer, celui du nombril est le plus significatif. En effet, sachant que le mot
« nombril » est l’homologue phonétique de nombre-el, les cabalistes le
décomposeraient en « nombre » et « el » pour en extraire la substantifique
moelle. Comme El est le nom de Dieu aux origines de l’humanité, ce
point, si central au regard de l’homme de Vitruve, est la révélation physique
de la signature divine dans les proportions du corps humain. D’une part, c’est
par cet endroit que l’énergie nourricière de la mère nous fut insufflée ;
d’autre part – et c’est en cela qu’il nous intéresse ici – il divise, en
moyenne, la distance entre les pieds et le sommet de la tête selon la
proportion dorée. Le verset 1:27 de la Genèse, qui
déclare que « l’homme a été bâti à l’image de Dieu », n’est donc pas une
parabole : il doit être compris de manière littérale, au premier degré.
Le
dictionnaire Larousse explique que : « Φ est la 21ème lettre
de l’alphabet grec (21=3x7),
correspondant en grec ancien à un [p] aspiré et, en grec moderne, à un [f]. Il
est transposé par [ph] dans les mots français issus du grec. » La première
syllabe des mots « philosophie », « physique », « phyllotaxie », « firmament »,
« force » et « feu » souligne le rapport intime que ces termes entretiennent
avec la proportion dorée. L’étymologie est une science à manier avec le plus
grand sérieux, car, comme vous avez pu vous en rendre compte, les clés
d’investigation qu’offre cet outil sont inégalables.
Devant toutes ces sympathies, il me semble peu
présomptueux d’affirmer que Φ, véritable pivot
tourbillonnant de l’harmonie universelle – à entendre comme « uni vers El » ou « uni ver sel », soit « sel vert uni »
pour une lecture de droite à gauche –, est l’empreinte organique d’une matrice
créatrice dont la structure est assujettie aux lois de la géométrie et de
l’arithmétique. Platon (v. 428-347 av. J.-C.) l’avait très bien compris
lorsqu’il déclara : « Dieu fait toujours de la géométrie » et : « La
géométrie attire l’âme vers la vérité et forme l’esprit philosophique, en
forçant l’âme à porter en haut ses regards, au lieu de les abaisser. »
Pour
leur part, les historiens racontent que la proportion dorée fut baptisée « phi
» afin d’honorer le sculpteur Phidias (v. 480-430 av. J.-C.), célèbre pour
avoir participé à la décoration du Parthénon d’Athènes, où ce rapport si
précieux est exalté dans les proportions de la façade. Devons-nous être
estomaqués par le fait que la proportion dorée était déjà utilisée cinq siècles
avant l’ère chrétienne par les architectes grecs, mais également, d’après les
travaux de René Adolphe Schwaller de Lubicz (1887-1961), par leurs confrères
égyptiens ? Absolument pas, car tous les Artistes, dignes de cette majuscule,
ont toujours essayé de faire résonner leurs œuvres avec cette signature si
particulière. Dans leur désir de « singer » la nature (à entendre « saint G »,
où G est une représentation graphique de la spirale), ils attribuèrent à Φ le canon ultime de la beauté. Chaque fois que Φ est utilisé, c’est un hommage syncrétique à la nature et
au Créateur qui est célébré. Depuis les grandioses pyramides du plateau de
Gizeh jusqu’aux peintures de Wassily Kandinsky (1866-1944), Φ a toujours été l’apanage du génie artistique et la
marque d’une relation symbiotique avec l’univers. Cette forme d’expression est
assurément née d’une nécessité : celle de révéler et de glorifier, dans le
monde matériel, l’intelligence invisible de la Création divine.
N’en
déplaise à nos contemporains, l’Art d’avant le XXème siècle n’avait
rien en commun avec les « œuvres » d’aujourd’hui. Le mot « art » est devenu,
malgré lui, un terme fourre-tout dans lequel n’importe quelle création
plastique peut trouver sa place. Il suffit de fréquenter les galeries actuelles
pour prendre conscience que ce qui se nomme désormais « art » est devenu une
mascarade intellectuelle et une pollution visuelle, sur laquelle des personnes
mal intentionnées ou des charlatans tentent de faire fortune. Dès 1973, Jean
Phaure (1928-2002) décrivait ce courant avec une lucidité implacable : «
L’art moderne est une magie noire, parfois au sens le plus opératif du terme,
et a pour fonction eschatologique, comme la psychanalyse, de replacer dans le
champ de notre conscience notre infra-psychisme peuplé de tous les résidus
psychiques et démoniaques qui avaient, dans les phases précédentes du cycle,
été contenus dans ces caves par l’art sacré, les religions et la connaissance
initiatique. »
Nul
besoin de posséder un doctorat en histoire de l’art pour s’apercevoir que la
créativité est, en comparaison avec les réalisations de notre passé, victime
d’un processus de destruction commandité. En effet, comment peut-on mettre sur
le même piédestal les tableaux de Jackson Pollock (1912-1956) et ceux de
Michel-Ange (1475-1564), de Raphaël (1483-1520) ou de Botticelli (1445-1510) ?
Malheureusement
pour le genre humain, cette forme imposée de terrorisme intellectuel ne se
limite pas aux frontières de l’art, mais corrompt tous les piliers sur lesquels
reposent l’affranchissement et l’équilibre d’une société saine.
À cela, il faut ajouter que la créativité d’une
personne ne fait pas obligatoirement d’elle un Artiste. Les maîtres sont
formels et sont là pour en témoigner : on ne devient pas Artiste du jour au
lendemain ; perfectionner son Art demande beaucoup de labeur et une ascèse
spirituelle de tous les instants. Sans être passé par la purification et la
rectification de son âme – en somme, faire preuve de sainteté –, il est
pratiquement impossible de recevoir l’inspiration divine, de résonner avec la
Force et de faire corps avec la grâce de sa quintessence pour produire une
œuvre véritable. Léonard de Vinci (1452-1519) enfonce le clou, s'adressant aux
prétendants bien souvent dépourvus de talent, en suggérant que la qualification
d’Artiste ne se mérite qu’en haut lieu : « L’artiste, sans cesse occupé à
contempler la création, rend au Créateur un perpétuel hommage. Notre étude, si
patiente, de l’œuvre divine demande plus d’efforts que de chanter matines. »
L’Art induit donc une relation fusionnelle avec le
sacré ; en ce sens, il se doit d’être le reflet de l’espace matriciel. Afin d’y
parvenir, chaque détail doit être mûrement réfléchi, mesuré et pesé. Absolument
aucun élément ne peut être le fruit du hasard. Comme le soulignait Jean Phaure,
ce travail est aux antipodes de l’art spontané : les proportions arithmétiques
et les tracés géométriques régulateurs organisent une composition harmonieuse
et résonnante, le choix des couleurs s’accorde au symbolisme des formes et des
volumes, et les archétypes mythologiques et religieux se mêlent aux références
kabbalistiques en tout genre. Il ne faut jamais oublier, de surcroît, le
caractère hermétique de la forme, selon l’adage de la tradition : « Montrer, signifier et
cacher… tout à la fois. » La divinité ne montre pas…elle suggère.
Dans
le « magma » supérieur de l’esprit créatif, et puisqu’elle est souvent
considérée comme la pierre angulaire de tous les arts, l’architecture occupe
une place privilégiée dans la relation qu’elle entretient avec les éléments
naturels. La synchronisation entre les propriétés d’un temple et les cycles
temporels a toujours été l’un des secrets les mieux gardés par les hautes
sphères initiatiques des castes sacerdotales. C’est dans la résolution de la
quadrature du cercle que la bâtisse est élevée vers le sacré, faisant ainsi
valoir sa fonction opérative en conjuguant, en son sein, les énergies célestes
et terrestres. Lorsqu’un temple est construit dans les règles de l’art, sa
forme géométrique donne à l’espace son orientation et, comme une aiguille le
ferait sur un cadran solaire, elle donne aussi la mesure du temps. En cela, la
connaissance scientifique des cycles cosmiques élève l’architecte au rang des
initiés ; il ne peut, dans cette finalité, en être autrement.
Malheureusement
pour l’humanité, peu de personnes comprennent véritablement les systèmes de
codage employés dans les œuvres d’art de nos ancêtres. Même lorsque certaines
tentatives sont couronnées de succès, la doxa universitaire les labellise
automatiquement comme celles de doux illuminés. Cette étiquette justifie, aux
yeux des modernes, l’approche des arts par le prisme de la psychologie, car il
faut bien tenter d’apporter une explication – fussent-elles fantasmagoriques –
aux allégories, aux métaphores et aux paraboles issues de la culture
traditionnelle de nos maîtres. Quoi qu’il en soit, nous allons, tout au long de
cette thèse, essayer de décrypter quelques œuvres pour ce qu’elles furent
réellement. Dans cette optique, la meilleure manière de s’y atteler est
d’utiliser les outils qui nous ont été légués ; en la matière, la maîtrise des
arts libéraux est incontournable.
Les
arts libéraux sont au nombre de 7 et se divisent en deux voies : le Trivium
et le Quadrivium.
· Le Trivium se définit par l’expression du Verbe
(la Lumière) par les mots.
Il se divise en 3 matières : la grammaire, la dialectique et la
rhétorique.
· Le Quadrivium se rapporte aux pouvoirs des
nombres, soit l’expression du Verbe par les mathématiques.
Il se divise en quatre matières : l’arithmétique, la
musique, la géométrie et l’astronomie.
Aux
côtés de ces sept voies, un axiome linguistique issu de la cabale hermétique,
appelé la « langue des oiseaux », vient compléter la palette déjà bien fournie
de l’artiste. Cet argot, qualifié de solaire, dont les principes sont
sanctifiés dans l’apparence de son initiateur à tête d’ibis, Djéhuty-Thot, se base exclusivement sur l’assonance des
mots, sans jamais prendre en compte les règles de l’orthographe ou de la
grammaire. Richard Khaitzine (1947-2013) en parlait de la sorte : « Cette
langue des oiseaux, c’est celle révélée par Jésus aux apôtres par
l’intermédiaire de son esprit, l’Esprit-Saint. Souvenez-vous de cet épisode
tiré des Évangiles. C’est la période de la Pentecôte et les apôtres reçoivent
le don des langues sous forme de langues de feu, le feu étant un synonyme
d’esprit. Mais dans ce cas, vous demandez-vous, pourquoi l’appelle-t-on la
langue des oiseaux ? Parce que l’Esprit-Saint, de nature volatile, est
fréquemment symbolisé par un volatile, un oiseau, souvent une colombe. »
Dans
le but de combler les faiblesses du langage et de fournir les dernières clés
indispensables à l’ouverture du royaume fermé des mages, le disciple d’Hermès
utilisera un autre vecteur de transmission, encore très mal compris de nos
jours : le symbole.
•••••
Le
symbole joue un rôle plus que singulier : stimulant uniquement la psyché, ce
signe figuratif relie l’homme à son imagination et connecte sa pensée à des
sphères indescriptibles par les mots. En effet, le son d’un mot est une
vibration que l’ouïe peut entendre ; dans cet état, il possède déjà une
manifestation matérielle. Le mot coupe donc maladroitement la dynamique de
l’idée qu’il souhaite définir ; c’est précisément pour remédier à cette
faiblesse que l’emploi du symbole démontre toute son efficacité. Par la
création d’un pont entre le créé et l’incréé, ce mode de lecture donne la
possibilité au mental de traverser le miroir des apparences, d’entrevoir
l’envers du décor, en dehors de l’espace et du temps. Ferdinand Brunetière
(1849-1906) précisait : « Le symbole est image, il est pensé… Il nous fait
saisir entre le monde et nous quelques-unes de ces affinités secrètes et de ces
lois obscures qui peuvent bien passer la portée de la science, mais qui n’en
sont pas pour cela moins certaines ; tout symbole est en ce sens une espèce de
révélation. »
Nous
ne pouvions pas conclure cette introduction sans honorer une nouvelle fois le
verbe aiguisé de René Guénon (1886-1951), car sa vie et son œuvre cristallisent
à elles seules une recherche spirituelle sans aucune concession. Il écrivait
dans son livre Symboles de la science sacrée : « Nous avons déjà eu
l’occasion de parler de l’importance de la forme symbolique dans la
transmission des enseignements doctrinaux d’ordre traditionnel (…)
Pourquoi rencontre-t-on tant d’hostilité plus ou moins
avouée à l’égard du symbolisme ? Assurément, parce qu’il y a là un mode d’expression
qui est devenu entièrement étranger à la mentalité moderne, et parce que l’homme
est naturellement porté à se méfier de ce qu’il ne comprend pas. Le symbolisme
est le moyen le mieux adapté à l’enseignement des vérités d’ordre supérieur,
religieuses et métaphysiques, c’est-à-dire de tout ce que repousse ou néglige l’esprit
moderne ; il est tout le contraire de ce qui convient au rationalisme, et tous
ses adversaires se comportent, certains sans le savoir, en véritables
rationalistes (…)
C’est ainsi que les vérités les plus hautes, qui ne
seraient aucunement communicables ou transmissibles par tout autre moyen, le
deviennent jusqu’à un certain point lorsqu’elles sont, si l’on peut dire,
incorporées dans des symboles qui les dissimuleront sans doute pour beaucoup,
mais qui les manifesteront dans tout leur éclat aux yeux de ceux qui savent
voir (…)
Si le Verbe est pensé à l’intérieur et parole à l’extérieur,
si le monde est l’effet de la Parole divine proférée à l’origine des temps, la
nature entière peut être prise comme un symbole de la réalité surnaturelle.
Tout ce qui est, sous quelque mode que ce soit, ayant son principe dans l’intellect
divin, traduit ou représente ce principe à sa manière et selon son ordre d’existence
; et, ainsi, d’un ordre à l’autre, toutes choses s’enchaînent et se
correspondent pour concourir à l’harmonie universelle et totale, qui est comme
un reflet de la trinité divine elle-même. Cette correspondance est le véritable
fondement du symbolisme et c’est pourquoi les lois d’un domaine inférieur
peuvent toujours être prises pour symboliser les réalités d’un ordre supérieur,
où elles ont leur raison profonde, qui est à la fois leur principe et leur fin.
»
Dans
sa figuration vulgaire, le Saint Graal prend la forme d’une coupe ou d’un
calice. Lors du rituel magique de la messe, au moment du sacrement
eucharistique, il recueille le sang christique, liquide métaphorique du fluide
cosmique. L’évocation d’une essence aqueuse rappelle inévitablement la façon
dont les hermétistes associaient le comportement de l’esprit mercuriel à un
océan primordial. En suivant le raisonnement analogique, le symbole remplit
exactement la même fonction que son homophone, révélé par la « langue des
oiseaux » : le « saint bol » est le réceptacle et le révélateur, dans le monde
tangible, des principes indicibles de la matrice universelle.
Je conçois que, pour la plupart d’entre vous,
l’hermétisme paraisse bien mystérieux, voire chimérique, d’autant plus que ce
courant philosophique propose des perspectives historiques et scientifiques que
la pensée dominante qualifie d’irrationnelles. J’entends déjà la rhétorique des
plus endoctrinés : « Comment l’homme de l’Antiquité pouvait-il connaître ce
que la science moderne commence à peine à entrevoir ? Ne sommes-nous pas
supérieurs à ces "bouseux" du passé ? »
Eh
oui, quoi qu’il en pense, l’homme d’aujourd’hui n’a pas conscience de son
ignorance. Il ne faudrait toutefois pas lui jeter la pierre : depuis les bancs
de l’école maternelle jusqu’aux amphithéâtres des universités, il est poussé à
répéter naïvement ce qu’on lui enseigne. La majorité ayant grandi dans ce même
système, il est logique que les individus « normaux » soient tous formatés sur
le même modèle. À sa décharge, il faut reconnaître que la quête du savoir et
l’enrichissement intellectuel ne sont plus des activités valorisées. Absolument
rien n’est organisé pour nous encourager à fréquenter les bibliothèques et à
multiplier nos connaissances. Ce triste constat est l’inexorable conséquence
d’une éducation nationale constamment nivelée par le bas, de la propagation
d’une culture de l’artificiel au détriment du naturel, de la promotion de la
médiocrité par les médias dominants, et de l’abrutissement des masses par la
manipulation hypnotique de la télévision. Surtout, c’est le résultat du déni
croissant d’un royaume spirituel, transcendant et salvateur. C’est un fait : on
ne compte plus les connaissances qui tirent fierté de leur agnosticisme… Quelle
tristesse !
À
l’aube du XXIème siècle, l’effondrement de la pensée est à l’image
de la décadence, de la dégénérescence et de la déchéance de notre civilisation.
Cette sclérose intellectuelle est devenue un obstacle de plus en plus épineux
pour ceux qui empruntent les chemins de l’évolution spirituelle, de
l’émancipation personnelle ou de la voie gnostique. Le conditionnement social
est si puissant que les intrépides – ceux qui osent encore réfléchir par
eux-mêmes – sont souvent mis au ban de la société, quand ils ne sont pas sujets
à la raillerie. Il faut faire preuve d’une sacrée force de caractère pour se
libérer de la vindicte populaire et du jugement d’autrui. Ce travail exige une
profonde et délicate introspection ; très peu de personnes sont prêtes à
consentir à la souffrance nécessaire pour dissoudre les illusions du quotidien
et s'en affranchir. Être capable de vider son calice de toutes ses scories,
pour le remplir à nouveau d’une lumière plus radieuse, demeure un
accomplissement inaccessible pour la plupart d’entre nous.
La
prudence, la tempérance, la force d’âme et la justice sont les vertus
cardinales nécessaires à l’ouverture du royaume de Dieu. Si la persévérance est
notre loyal serviteur sur le chemin de la vérité, l’essence verticale du feu
solaire illuminera nos cœurs, et le travail entrepris sera toujours couronné de
succès. Sans cette quête spirituelle, je n’aurais probablement jamais trouvé le
courage de partager avec vous ces quelques lignes, car les courants
métaphysiques sur lesquels les vents de cette démonstration nous porteront sont
ridiculisés par l’orthodoxie de notre système éducatif et méconnus de la
culture mondialisée actuelle. Cette thèse n’aurait jamais pu devenir une pierre
originale ajoutée à l’édifice si nos préjugés habituels n’avaient été surmontés,
si les frontières de l’inexploré n’avaient été repoussées et si notre réalité
n’avait été transcendée.
Pour
ce faire, l’étude scientifique et syncrétique des principaux symboles religieux
constituera l’axe majeur autour duquel cette thèse évoluera – son axis mundi. Tel un Jason moderne en quête de la Toison d’or,
guidé par la clarté de l’Étoile polaire, nous naviguerons sur les océans
vibratoires les plus mystiques et les plus inexplorés. Je vous invite donc à
explorer la science sacrée à bord de mon vaisseau, à lever le voile sur la
nature naturante du Saint-Esprit et à larguer les amarres vers le mystère le
plus absolu de tous : la création de l’espace-temps.
Ludovic
Nicolas